Formation de “frazil”

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28 octobre 2006

Des images incohérentes sur l’écran du sondeur bathymétrique et des sondes impossibles à obtenir depuis trois jours, ont tout d’abord été interprétées comme une panne du sondeur. En fait nous sommes devant un phénomène thermodynamique dont J.C. Gascard (coordinateur du programme européen DAMOCLES) a donné l’explication : Il s’agit du phénomène de formation de la glace dite de « frazil» qui se manifeste lorsque la température de l’air diminue, que les pertes thermiques de l’océan au profit de l’atmosphère augmentent. Il faut aussi que la couche superficielle de l’océan qui se refroidit soit mélangée suite à des coups de vent préalables qui l’ont bien brassée.
Dans ces conditions instables, les particules d’eau de mer situées vers 20 à 30 mètres de profondeur et juste au dessus de la halocline (barrière de salinité) passent à l’état de paillette de glace lorsqu’elles remontent vers la surface car elles sont alors exposées à des pressions plus faibles qui pour une certaine salinité, correspondent à des températures de congélation plus élevées que la température des particules d’eau de mer qui remontent vers la surface.

Les particules d’eau liquide se transforment alors en paillettes de glace. Ces paillettes de glace très abondantes forment un écran qui réfléchit très efficacement les signaux du sondeur acoustique et empêche de sonder la topographie des fonds océaniques à la verticale de Tara. Nous avons essayé de filmer ce phénomène en descendant une caméra dans une enceinte étanche sous la banquise. En descendant jusque vers quarante mètres, nous avons effectivement croisé des particules de glace. Cela nous a permis de constater que si la surface de la banquise est très mouvementée, il en est de même en dessous. Les crêtes de compression se forment aussi en dessous de la banquise. Elles sont même en général 10 fois plus développées que pour la partie émergée de la banquise.

Nous ferons d’autres tentatives de film mais il faut savoir que malgré deux projecteurs montés sur le caisson étanche, la luminosité sous la banquise est nulle. Depuis trois jours, nous faisons une légère régression vers le sud et la nuit dernière, en raison d’un vent fort, la banquise s’est ouverte et une rivière est apparue sur notre arrière tribord, traverse l’axe du bateau et se continue sur notre avant bâbord. Tara flotte à nouveau et a repris sa gîte naturelle de 2°. Ceci nous rappelle que malgré des températures très basses, la banquise reste un élément éminemment mouvant et notre vigilance ne doit pas se relâcher.

Denys