Les instruments de Tara : le CPR

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7 juin 2013

A bord de la goélette, entre tous les appareils bourrés d’électronique, de microprocesseurs et de circuits imprimés, le CPR, pour Continuous Plankton Recorder, fait figure de matériel d’un autre âge. Une structure métallique, des rouleaux de soie, une hélice et des engrenages, cette mécanique simple n’a quasiment pas changé depuis près d’un siècle, avec toujours la même efficacité.

Depuis les années 1930, des centaines de ferrys, cargos et autres navires ont déjà trainé dans leur sillage cette grosse boite métallique de près de 100 kilos. Une des raisons de ce succès tient surement à la facilité d’utilisation du CPR : il suffit de mettre à l’eau cette boite robuste au bout d’un câble, à quelques mètres de profondeur, et de la remonter quelques jours plus tard, remplie d’organismes planctoniques. Le principe de cet appareil n’est guère plus compliqué. Un petit trou dans la coque externe laisse entrer l’eau de mer, qui passe alors entre deux rouleaux de soie. L’eau est ainsi filtrée, prenant au piège le plancton entre les deux minces bandes de soies. Le tout est enfin collecté dans le formol à l’arrière de l’appareil. Il suffit de changer les rouleaux de soie une fois déroulés pour reproduire la manœuvre.

Pour faire fonctionner ce mécanisme, aucun moteur ni puce électronique. Le flux d’eau généré par la vitesse du bateau entraine une petite hélice qui fera tourner en continu les rouleaux de soie par un habile jeu d’engrenages. Cette simplicité entraine tout de même un inconvénient, celui de ralentir un navire comme Tara, peu rapide. Mais c’est le prix à payer pour collecter en continu un grand nombre de données totalement inédites. Car si nombreux sont les navires à avoir utilisé ce système par le passé, aucun CPR n’avait jamais été déployé dans l’océan arctique. Notre expédition autour du pôle nord était donc une opportunité unique de compléter les innombrables données déjà collectées dans le monde.

A bord de Tara, trois CPR ont donc été embarqués pour les sept mois de l’expédition. Après chaque station, un CPR est donc mis à l’eau, jusqu’au prochain arrêt. Les organismes pris au piège dans le formol seront ensuite envoyés à la Sir Alister Hardy Foundation for Ocean Science (SAHFOS), la fondation qui analyse les données des CPR du monde entier. Les résultats seront ensuite mis à disposition de la communauté scientifique, et notamment aux laboratoires impliqués dans le projet Tara Oceans Polar Circle. De quoi compléter la multitude de données fournies par les autres instruments de mesure embarqués sur Tara.

Yann Chavance