Gros échantillons

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10 octobre 2011

Le vendredi 7 octobre 2011, il est 2 heures du matin, et je suis de quart avec Yohann jusqu’à 4 heures. Les lumières sont éteintes, et nous veillons sur le bateau depuis le cockpit. La lune se couche à l’horizon et plonge Tara dans une obscurité complète. Le ciel dégagé dévoile une multitude d’étoiles qui éclairent maintenant l’océan à elles seules. A l’arrière de la goélette, on aperçoit des étincelles de planctons dans le sillon des hélices.

A 9 heures, le matin suivant, Isabelle Taupier Letage, notre chef scientifique, surgit dans la cabine : « Andres, du plastique ! ». Je saute de ma couchette et je la suis sur le pont. « Des filets de pêche sont pris sous la coque. Martin et François vont plonger pour les démêler ». Toute l’équipe est penchée par dessus les barrières de protection. Martin et François plongent à tour de rôle pour arracher cette gigantesque traînée de plastique qui nous ralentit depuis une heure. Quand enfin ils parviennent à les détacher, nous tirons les filets à bord.

Isabelle et Céline Dimier tentent de démêler cet amas inextricable pour en découper des morceaux et en faire des échantillons. Isabelle tire du lot une veille brosse à dent rose qui vient s’ajouter au tas de plastique multicolore que Céline conserve dans du papier d’aluminium. Entre les maillons, on trouve une colonie de petits crabes qui ont adopté ces filets comme nouvel habitat. Des copépodes et autres planctons y sont aussi attrapés. L’étude de ces échantillons, notamment par Melissa Duhaime de l’Université d’Arizona, nous en dira d’avantage sur la vie microbienne en interaction avec ce plastique.

Le reste de la journée, nous continuons d’apercevoir quelques macro débris à la dérive. Nous observons également des fines pellicules de plastique qui dérivent sous la surface de l’eau. C’est une « soupe » de très petits fragments de sacs en plastique. Malgré cela, la concentration  de macro déchets reste relativement faible et inégale.

Andres Peyrot