INTERVIEW DE ROMAIN TROUBLE SUR TARA OCEANS, POLAR CIRCLE

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4 janvier 2013

INTERVIEW DE ROMAIN TROUBLE SUR LA PROCHAINE EXPEDITION DE TARA EN ARCTIQUE : TARA OCEANS, POLAR CIRCLE

Nous vous embarquerons dès mai 2013 dans le Grand Nord. Tara tentera d’effectuer le tour de l’Océan Arctique par les passages du Nord-est et du Nord-ouest si la glace le permet… La plupart des scientifiques et instituts impliqués dans Tara Oceans accompagneront le projet. L’étude de l’Arctique avec la méthodologie mise en place dans le cadre du programme Tara Oceans permettra d’observer l’Arctique comme il ne l’a jamais été.
Le but sera de comprendre comment l’écosystème polaire marin réagit aux changements climatiques, à l’action de la pollution d’origine terrestre et à d’autres activités qui représentent un impact croissant sur sa biodiversité. Nous profiterons aussi de notre présence sur place pour sensibiliser la société, les acteurs politiques et le monde économique aux enjeux écologiques les plus urgents en Arctique.

Interview de Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions.

Pourquoi l’Arctique ?


L’Océan Arctique, bien connu du bateau depuis sa dérive de 507 jours en entre 2006 et 2008, est en phase de transition depuis une vingtaine d’années. Le monde regarde toujours de plus près la fonte de l’Arctique, enjeu fondamental pour la machine climatique. L’été dernier les scientifiques ont observé une étonnante accélération du processus de fonte de la banquise et envisagent pour certains une fonte estivale totale dès 2020, alors que les estimations du GIEC parlent de la fonte totale en 2050!

L’objet de cette mission sera donc de contribuer à l’effort international de compréhension de l’écosystème arctique avant un probable changement de régime, pour que nous puissions anticiper et s’adapter aux changements qui semblent en toute évidence s’accélérer.

Pouvez-vous nous détailler le programme scientifique de cette expédition ?



Tara permet de faire cohabiter un bon nombre d’approches scientifiques. Nos objectifs et nos moyens sont précisément réfléchis en amont de la mission. Lors de la dernière expédition Tara Oceans, seul l’océan arctique a manqué dans l’effort de collecte de plancton réalisées sur tous les océans de la planète. Il y a donc un fort intérêt de pouvoir comparer la biodiversité arctique avec la biodiversité des autres provinces océaniques. Qui plus est, la formidable cohésion de l’équipe de scientifiques réunie depuis 2009, son expérience collective, son approche globale et le matériel encore à disposition sont autant de facteurs clés de réussite.

En complément de cette approche plutôt biologique, il y a de multiples questions à aborder du point de vue océanographique, chimique, climatique, pour lesquelles Tara Expéditions compte contribuer aux efforts en cours par l’intégration d’une équipe multidisciplinaire de scientifiques.

Quels sont les risques que vous identifiez lors de cette expédition?

On peut identifier plusieurs types de risques naturels, diplomatiques, ou techniques.
Les risques naturels sont bien entendu une météo difficile à prévoir et la présence importante de glace. Ce sont des risques pouvant mettre en péril l’expédition car bien que la période de dégel se renforce, la fenêtre de passage avant que la glace ferme à nouveau reste courte et ne laisse pas beaucoup de place à de longs imprévus. L’expédition ayant lieu en majeure partie dans des eaux sous souveraineté des pays riverains de l’Arctique, il est possible que la coopération ne soit pas évidente avec tous ces pays. 
Sur l’aspect technique, il y a toujours le risque d’une panne d’un des moteurs ou générateurs de Tara pouvant occasionner un retard ne nous permettant pas de boucler le tour de l’Arctique avant le regel.

Depuis quand travaillez-vous sur cette expédition ?

Depuis 2009, Tara a sillonné et échantillonné tous les océans de notre planète sauf un, l’Océan Arctique. Depuis que nous avons dû annulé, à regret, le passage arctique de Tara Oceans en mars 2011, nous entretenons cette idée avec Etienne Bourgois, Eric Karsenti et les principaux scientifiques. Nous y travaillons concrètement depuis le mois de mars 2012.

Avez-vous le financement nécessaire ?

Pas encore totalement, mais nous avons le soutien de partenaires scientifiques clés en France, en Europe et en Amérique ainsi que le soutien de notre mécène historique agnès b. et du Prince Albert II de Monaco.
Nous cherchons des partenaires et mécènes capables de s’engager aux cotés de Tara pour 3 ans et de prendre en charge au moins 30% du budget soit 500 000 €/an.

Comment choisissez-vous les expéditions que vous réalisez ? Quel est le fil directeur de Tara Expéditions dans ses choix ?

La mission de Tara est d’étudier et de comprendre le comportement des océans face à la crise écologique et au changement climatique. Nous définissons ensuite les enjeux planétaires plus importants où l’expertise de Tara peut être utile. Nous avons aussi une autre contrainte d’identifier des programmes de recherche capables d’éveiller la curiosité du public. Le plancton par exemple, à première vue un sujet difficile car invisible, a su interpeller le public par son rôle clé pour la vie sur Terre. Et ce grâce à l’investissement important de l’équipe Tara et de l’engagement exemplaire des chercheurs du CNRS, de l’EMBL et du CEA dans l’effort de partage.
C’est aussi souvent une histoire d’Hommes, de rencontres, d’idées partagées qui orientent l’étrave de Tara.

Cap au Nord en 2013 !