Interview d’Hervé Bourmaud, capitaine de Tara, qui fait le bilan de l’étape entre Malte-Dubrovnik

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17 novembre 2009

Interview d’Hervé Bourmaud, capitaine de Tara, qui fait le bilan de l’étape entre Malte-Dubrovnik

Ton bilan de la semaine ?

Nous avons fait 3 belles stations. La première s’est terminée plus tôt que prévu parce qu’il y avait un peu de dérive et on avait du mal à pomper à la profondeur exacte (vers 60 mètres) où la chlorophylle était à son maximum. La seconde, dans la botte de l’Italie, a duré au contraire plus longtemps que prévu. On a eu beaucoup de chance pour la météo cette semaine. Mer plate et pas de vent. Cela nous a permis de faire du beau travail en terme de quantité d’échantillons et de qualité : toute l’équipe a pu travailler sans rouler bord sur bord. Ensuite nous sommes rentrés en Adriatique pour une nouvelle station de 12 heures qui se déroule à l’heure où je vous parle.

Quelles ont été tes premières impressions en entrant dans la mer Adriatique ?

Il faut dire que ce voyage depuis Tripoli a été une grande traversée du nord au sud. On s’est arrêté à Malte juste une journée pour faire le plein d’eau et faire un changement d’équipage… on est passé de températures encore chaudes (autour de 22° à la surface de l’eau) à d’autres beaucoup plus fraîches (autour de 16°)!
Hier quand on a franchi les portes de l’Adriatique, nous avons été pris dans une nappe de brouillard très épaisse. On avait perdu l’habitude de ce genre de météo depuis le départ. Ce matin en se réveillant, tout le monde a enfilé un pull over supplémentaire. Cela nous a fait bizarre après avoir passé autant de temps dans le sud. En plus du brouillard, il y a pas mal de trafic dans cette zone et ça a changé notre manière de naviguer : on s’est appuyé sur le radar. Une entrée assez fantomatique pour Tara dans l’Adriatique.

10 semaines exactement après le départ de Lorient, les prélèvements de plancton ont-ils trouvé leur rythme de croisière ?

Cela fait deux semaines que l’équipe scientifique actuelle est à bord et je pense qu’on a trouvé la bonne fréquence pour trouver ses marques, prendre des repères. On sait exactement où on doit en être en fonction des heures de la journée… et ce matin on a quasiment fini avec une heure d’avance. Là il n’y a pas un bruit sur le pont, tout le monde travaille. On a aussi eu l’idée d’utiliser la grue sur le côté du navire en plus du portique arrière pour suspendre des filets et pomper de l’eau en profondeur au même moment… ça nous fait gagner du temps. 

Des rendez-vous importants pour la prochaine escale à Dubrovnik ?

Nous allons décharger tous nos échantillons recueillis depuis 1 mois. Ils vont être débarqués, expédiés en Allemagne à l’EMBL (European Molecular Biology Laboratory) d’où ils seront ensuite dispatchés entre les différents laboratoires avec lesquels nous travaillons. C’est un peu comme la pêche : on vide les cales où se trouvent le fruit de notre travail depuis un mois. C’est aussi le moment de remplacer ce qui a été utilisé : pipettes, tubes, azote liquide…