ITW Lisa Emelia Svensson – Océan et climat, comment informer les décideurs ?

© N.Pansiot/Tara Expéditions

9 septembre 2015

A l’occasion de l’escale de Tara à Stockholm, les membres du projet Tara Expéditions dont Romain Troublé, secrétaire général ont pu échanger avec les représentants politiques suédois. Un avant-goût des échanges envisagés lors de la Conférence Climat à Paris cet hiver. Parmi eux, Lisa Emelia Svensson, Ambassadrice suédoise des océans. Interview d’une femme engagée.

N.Pansiot/Tara Expéditions

©N.Pansiot/Tara Expéditions

Pouvez-vous nous expliquer votre rôle d’ambassadrice ?

Je travaille pour le Ministère des Affaires Étrangères et en tant qu’ambassadrice des océans, je suis une porte-parole et je défends les perspectives suédoises concernant la protection des océans. Je me concentre sur les défis auxquels fait face l’océan, mais aussi dans quelle mesure nous pouvons élever ce débat à un niveau plus politique. Nous avons la connaissance, les publications, ainsi que l’information… Mais il faut encore sensibiliser les gens et leur faire prendre conscience de ces défis ! Comment établir un lien afin que les décideurs puissent réellement mettre à profit l’information et agir en conséquence ? Dans le cadre de la conférence internationale des Nations unies et de l’agenda post-2015, nous avons un objectif clair : l’océan. Alors ce qui compte maintenant c’est de savoir comment pouvons-nous atteindre cet objectif ?

Pour remporter ce défi à la fin de l’année, quelle relation y a t il entre des initiatives privées, comme Tara Expéditions et les initiatives publiques ou politiques ? Quel est le rôle de ces initiatives ?

Tara Expéditions a deux dimensions. Vous êtes un navire scientifique, mais aussi une fondation privée. De notre point de vue, la science devrait être le fondement de toutes les décisions. Car la science nous informe sur ce qu’il se passe et sur cette base, nous devons prendre des décisions politiques. Ces décisions stratégiques ne peuvent être prises ou ne devraient pas l’être sans savoir comment agir. Bien sûr, c’est toujours un défi : quand possédons-nous assez de connaissances  scientifiques ? Que nous dit la science ? La science nous dit parfois à quel point nous en savons peu sur un sujet, comme par exemple, l’océan. Mais nous disons aussi que nous devons appliquer ce principe de précaution avant de prendre des décisions. Et bien sûr quand il s’agit de politique, il y a également beaucoup d’autres éléments et variables à prendre en compte comme l’économie, et les décisions sociales et politiques. Ainsi, lorsqu’on travaille en partenariat avec la science, l’interface avec la politique est cruciale. Tara Expéditions a une vocation scientifique, mais également d’éducation et de communication, comme en témoigne le séminaire d’aujourd’hui.

Quelles sont vos attentes concernant la Conférence des Nations unies sur les Changements Climatiques (COP21) ? Quelles sont nos chances d’aboutir à un accord sérieux ?

Évidemment nous espérons tous un accord, et je pense qu’il est nécessaire que nous soyons tous d’accord sur les instruments juridiques à mettre en œuvre. Il est important de sensibiliser le public au sujet de l’océan  – à la fois pour son rôle de régulateur du climat mais aussi concernant l’impact du changement climatique sur cet écosystème.

Pourquoi les océans ne sont-ils pas plus pris en compte dans la question du climat ?

L’information ne devrait pas seulement concerner les spécialistes du climat. Je pense que la prise de conscience vis-à-vis de l’état de santé des océans est en retard de 30 à 40 ans sur la sensibilisation concernant le changement climatique. Tara travaille sur le plastique depuis 5 ans, aussi la science étudie elle le devenir des déchets plastiques dans l’océan depuis 5 ans.

C’est juste le peu que nous savons. Alors qu’en ce qui concerne le climat et le changement climatique, nous avons accès à des mesures de longue date. Nous en savons donc plus et avons ainsi pu diffuser l’information auprès du public depuis bien plus longtemps. Nous avons des rapports détaillés et suivis sur le climat, des algorithmes et ses évolutions sont prévisibles. En revanche, pour la première fois cette année, nous avons assisté à un séminaire présentant le rapport d’évaluation de l’océan mondial. Nous travaillons actuellement sur un rapport collectif basé sur les connaissances scientifiques dans le cadre de la conférence des Nations Unies. Le rapport final viendra en décembre.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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