J-4

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1 septembre 2009

J-4

Le mystère de l’alicotage
Je vous avais promis le retour des scientifiques à bord de Tara…

Pour répondre à mes questions sur leur emploi du temps de la journée… ils m’ont expliqué avoir “alicoté”. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire “alicoter” ??!
Premier réflexe : vérifier sur internet. Et là, soit mon moteur de recherche est vraiment nul, soit les scientifiques ont passé la journée à fabriquer de la purée à l’ail…
Deuxième méthode : interroger l’équipage, sans plus de succès. Sur l’”alicotage” plane le plus grand des mystères.

La réponse m’a finalement été donnée par Fabrice Not, chercheur en biologie marine à Roscoff. “Alicoter” c’est répartir les produits chimiques en petites quantités pour ne pas avoir à manipuler de gros bidons. Formol et fixateurs ont été amenés à bord pour préserver le plancton que nous allons récolter sans en altérer la structure. Nos valeureux scientifiques ont donc transvasé ces liquides dans de plus petits contenants pour préparer leurs expériences.

Au passage j’aimerais faire amende honorable. J’ai plus ou moins qualifié hier les laboratoires d’endroits mal rangés. Ils s’organisent- en vérité- très rapidement. Dans la labo humide, par exemple, le pan de mur de gauche est consacré aux produits toxiques. En face de l’entrée, ce sont les instruments nécessaires à la biologie moléculaire et aux analyses génétiques. A droite : la microscopie et la chimie.

Nouvelle précision de Fabrice Not, mon expert du jour : “nous ne faisons pas toutes ces analyses spécifiques à bord ! Il s’agit là d’effectuer des prélèvements adéquats pour qu’ils puissent être utilisés selon ces spécialités”.

Après avoir été recueillis, filtrés et conditionnés dans de petites éprouvettes, ces précieux échantillons seront stockés à l’avant du bateau, certains au congélateur, d’autres au réfrigérateur ou encore à température ambiante.

MATHILDE MENARD. 27 ans.
LIEUTENANT POLYVALENT (Travailler au pont et à la machine. Responsable du matériel de sécurité et de la pharmacie)

Elle a la tête fourrée dans le placard de l’infirmerie. Une lampe frontale vissée sur le front, un bloc note à la main, pour détailler les merveilles médicales qu’elle pourrait exhumer. Mais dès qu’elle se met à raconter, Mathilde n’arrive plus à travailler. Elle est toute entière prise dans son récit.
“T’es pas obligée de raconter ça, mais à la base j’avais vu un reportage vers 12 ans sur la Fleur de Lampaul. Ca m’a fait rêver de partir naviguer autour du monde avec d’autres enfants et découvrir la voile, les cétacés, les cultures inconnues… J’ai préparé 3 fois mon dossier mais mes parents n’étaient pas sûrs que ce soit une bonne idée…”

Seule fille au milieu de 5 frères, Mathilde la têtue a donc attendu de passer son bac pour intégrer l’Ecole de la Marine Marchande à Marseille. Elle navigue pendant quelques temps sur des bateaux classiques : ferries, porte-containers, “grumiers” qui amènent des céréales, du sucre en Afrique et repartent vers l’Europe remplis de billots de bois. Sur ces derniers, elle a eu la chance de voir les derniers vestiges de la Marine Marchande française traditionnelle. « On faisait encore de longues escales”.

En 2007, Mathilde embarque dans une aventure décisive. Elle devient second au pont et à la machine sur le Bel Espoir et le Rara Avis. Ce sont les voiliers sur lesquels le père Jaouen tente depuis plus de cinquante ans, de faire découvrir la voile et de redonner le goût de vivre à de jeunes adultes en difficulté.
“Toxicos, alcooliques, simples passagers… ce qui est bien c’est que tu ne sais pas le passé de chacun en arrivant à bord. Malgré tout, on comprend rapidement. Mais même ceux qui n’ont pas de problème grave, qui embarquent simplement pour le voyage, ont toujours quelque chose à régler dans leur tête. C’était super intéressant”.

Mathilde rosit légèrement en se laissant gagner par l’enthousiasme. En 2008, elle laisse sa place à de nouveaux jeunes marins. “Je souhaite à tout le monde de faire un tour comme ça !” Canaries, Cap vert, Caraïbes, Canada… Elle a rencontré plusieurs personnes qui ont navigué sur Tara. Leurs récits la font rêver, elle croit d’abord le bateau “inaccessible. Je ne savais même pas où postuler ! “.

 Elle finit par réussir à mettre un pied à bord, lors du passage à Paris du bateau… et n’en est quasiment plus descendue.
Mathilde a fini son récit. Elle rallume la frontale et replonge dans les obscurités du placard d’infirmerie.

Le moment de Mathilde : “Sur le bateau, tu commences plein de choses en même temps, qui se superposent et se compliquent au fur et à mesure. J’adore le moment où elles commencent à se résoudre et tu peux voir que le chantier avance. Même si tu as bien galéré, tu es super content et tu sais que tu vas pouvoir passer à autre chose.”

Pour vivre à bord avec Mathilde : “Je trouve super quand tout le monde participe un peu à tout. Les tâches ménagères aussi c’est important”. Sur Tara, en plus de son travail professionnel, une mission est assignée à chacun par jour. La vaisselle du midi, celle du soir, le service, un bon coup d’aspirateur ou le nettoyage des sanitaires : chacun participe à la propreté générale.

Vous suivrez les aventures de Mathilde jusqu’à : Barcelone ou Nice