Jour 1 : Des histoires de satellites

©

8 septembre 2009

Jour 1 : Des histoires de satellites

Notre premier réveil en mer !
Pour certains la nuit a été fragmentée puisque le système des quarts de surveillance a commencé. Pour d’autres, la nuit a été l’occasion de s’amariner, de régler son organisme sur le roulis de Tara.

Ce matin, nous sommes au milieu du golfe de Gascogne et il fait grand beau. A peine levé, sans prendre le temps de déjeuner, Hervé Le Goff, notre ingénieur océanographe, entreprend la mise à l’eau d’une bouée dérivante de surface.
Concrètement çà ressemble à une boule noire de 50 centimètres de diamètre. Elle est surmontée d’une antenne qui lui permet d’émettre des données vers le réseau de satellites Argos (qui retransmettent vers les scientifiques). En-dessous, une sorte de parachute en toile est accroché. C’est l’ancre flottante qui ralentit la dérive de la bouée pour la maintenir le plus longtemps possible en mer et éviter qu’elle ne s’échoue trop vite sur les rivages.
« La batterie de la bouée a deux ans d’autonomie, mais le problème dans une zone aussi pêchée c’est que nos bouées finissent souvent dans les chaluts en quelques mois » m’explique Hervé. Il projetait initialement de la larguer à 5 heures du matin cette nuit, mais en vérifiant l’écho radar, Tara était encerclé de chalutiers. « Hervé (le capitaine) a appelé ses potes pêcheurs pour savoir où ils étaient et on a finalement décidé d’attendre 3 heures pour la lâcher un peu plus loin ». 

Cette bouée fait partie du système de calibration d’un autre satellite, SMOS (Salinity Moisture Ocean Soil), qui doit être lancé prochainement autour de la terre. Ce nouveau venu sera (notamment) capable de connaître la salinité de surface des mers. Pour cela, le satellite observe la couleur de l’eau, la brillance, le rayonnement… il faut donc lui indiquer à quoi correspondent ces observations optiques.
Ce type de bouées dérivantes intervient pour enregistrer en permanence la température, la salinité, la pression atmosphérique, afin que le satellite recoupe les données.

Et au-delà de notre bouée, à quoi ça sert de connaître la salinité marine ?
La salinité et la température des masses d’eau évoluent dans le temps et dans l’espace (la Méditerranée est plus salée que l’Atlantique par exemple…). Ces variations expliquent la circulation des océans du globe, c’est à dire les courants marins. Ces courants conditionnent eux-mêmes le climat planétaire. Les données récoltées par SMOS, seront finalement incorporées dans les grands modèles de prévision climatique.

Sacha Bollet

MIKE LUNN. 39 ans
OFFICIER PONT (participe aux manœuvres, responsable des cordages, du gréement)

Pour présenter Mike, on commence toujours par dire qu’il est néo-zélandais. La vérité c’est que ce kiwi pur jus est né sur la côte ouest de l’Angleterre.
Mike et ses parents débarquent à Auckland quand il a deux ans.  « Mon père était ingénieur en génie civil et il y avait beaucoup plus de possibilités pour élever des enfants qu’en Angleterre ». A 16 ans, Mike quitte l’école pour devenir apprenti dans un chantier naval. Il se spécialise dans les housses de voiles et les autres pièces de toiles utilisées sur les bateaux. A 20 ans, Mike quitte son île d’adoption pour une autre, plus grosse : il part pour l’Australie. Il se fixe quelques temps à Sydney et à Perth, où il travaille dans l’accastillage.
Deux ans plus tard, le voyage le démange à nouveau, il réussit à s’embarquer comme matelot pour des compagnies maritimes et met le cap sur Hawaï, le Canada, l’Amérique, l’Angleterre et finalement les Caraïbes.
Celui qui semble ne pouvoir vivre que sur des îles choisit St Martin comme nouveau port d’attache. Mike travaille toujours dans l’accastillage et  achète son propre voilier. « Après le passage d’un ouragan, il y a eu beaucoup de casse dans les ports de Saint Martin. On pouvait trouver des bateaux pour une bouchée de pain ». Celui de Mike a le mât cassé et s’appelle Yohanna. Mike passe beaucoup de temps à la soigner avant de reprendre le large : direction la Nouvelle Zélande par le canal de Panama ! « Je suis arrivé juste avant le passage de l’an 2000 ! Une grosse fête… » se souvient Mike.
Pour continuer à voyager tout en étant basé en Nouvelle-Zélande, Mike devient skipper pour convoyer des bateaux à travers le monde.

Au début de l’année 2009, Mike a une petite amie française et vient lui rendre visite à Lorient. Aux abords d’un chantier naval, un bateau l’interpelle. C’est l’ancien Seamaster de Sir Peter Blake, qu’il a eu l’occasion de croiser en Nouvelle Zélande. « Il s’appelle Tara maintenant, mais je l’ai reconnu tout de suite. Je suis allé tenter ma chance et je suis tombé sur Hervé le capitaine. Il m’a dit : OK , tu commences lundi ».

Le moment de Mike – « Pour moi c’est important de bien manger, alors je dirais que j’aime particulièrement le moment du dîner. Je suis impatient de passer à table le soir ! »

Pour que ça se passe bien avec Mike – « Il faut ranger ! J’aime être ordonné, organisé, je n’aime quand c’est… comment vous dites en français… le b… ?

Vous suivrez les aventures de Mike jusqu’à : Naples