Jour 2 et 3

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9 septembre 2009

Jour 2 et 3

Prélèvements

Très en forme Gaby Gorsky, océanographe ; ce matin : « nous allons faire des choses d’une beauté accablante et c’est pour le bien de l’humanité ».
Ce qui enthousiasme autant Gaby Gorsky, notre coordinateur scientifique tchèque, c’est le test de la sonde CTD. Cet appareil, qui ressemble à deux tubes dans un cadre de métal, avec un capteur comme un gros œil rond, mesure la température de l’eau, sa profondeur et sa conductivité.

Pourquoi la conductivité ? Et bien je vous parlais hier de la salinité, un paramètre essentiel en climatologie… Aujourd’hui nous montons encore d’un cran dans la complexité de l’explication !
On sait que l’eau douce est très peu conductrice, et que plus l’eau est salée, plus elle est conductrice. La sonde CTD mesure donc la propagation de l’électricité entre deux électrodes pour savoir à quel point l’eau est salée.
En fin de processus, les données récoltées iront alimenter les immenses tables de calcul des prévisions climatologiques mondiales.

Pour cette journée de test, nous nous limitons à 400 mètres de profondeur afin de vérifier que tout fonctionne. La sonde est descendue à l’aide du treuil de Tara, lestée avec de gros poids.

Jour 3
Le grand cocotier métallique

Je suis montée au sommet du mât de Tara !
Pardonnez-moi passionnants confrères scientifiques et valeureux marins, mais cette page du journal de bord sera consacrée à nous, les journalistes des mers !
Christophe Castagne, le cameraman de l’expédition m’a précédée dans le nid de pie. Sans hésiter, harnaché comme il se doit, il est monté pour filmer le bateau vu d’en haut.

Le voyant redescendre rose et frais, j’ai aussitôt demandé au capitaine Hervé si je pouvais l’imiter. Il a souri. Les autres ont carrément rigolé en revanche, quand j’ai enfilé ma salopette et ma veste de quart… ben oui, il va faire froid là haut !
J’ai commencé mon ascension, assurée grâce à un baudrier relié à Samuel, le second capitaine. Il a pris le soin de me préciser qu’il n’était pas là pour me hisser mais seulement pour des questions de sécurité…
Le mât de Tara est équipé d’échelons en aluminium espacés de la distance entre les bras et les jambes d’un homme. Pas d’une fille d’1m60.  J’ai dû m’accrocher à tout ce qui me tombait sous le pied ou sous la main : barre de flèche, radar, antenne satellite… Hervé Le Goff a failli manger sa moustache.

Le vent souffle à 18 nœuds. Surtout ne pas regarder vers le bas, ne pas ralentir non plus sous peine de faiblir. Je lève la tête plutôt, persuadée d’être arrivée, mais je ne suis qu’à mi-chemin de ce maudit nid de pie. Le bateau tangue sur les vagues et je suis secouée sur mon grand cocotier. (Penser à attendre quelques mois avant de raconter cette expérience à ma mère…)

Finalement me voici à 24 mètres de haut. Je pose une première fesse sur le plancher du nid de pie. Une deuxième. Je me hisse entre les barreaux de la cage et j’ose enfin jeter un œil sous mes pieds. Je suis un peu éblouie par le blanc du ventre de la baleine et de ses voiles, qui tranche avec le bleu sombre de la mer. Je sors mon appareil photo avec mille précautions et cadre un peu n’importe quoi avec pour seul souci de ne pas le faire tomber 20 mètres plus bas. Ouf. Je me rencogne dans ma vigie pour reprendre mon souffle. Je retente une salve de clichés, un peu plus posés.
Inutile d’attendre que le vent forcisse. « Sam redescend moi ! »

Sacha Bollet