Jour 4 et 5

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10 septembre 2009

Jour 4 et 5

Pour la première escale de Tara Oceans, de Lorient à Lisbonne, le directeur scientifique de l’expédition Eric Karsenti est a bord, accompagné d’un des principaux coordinateurs scientifiques de la mission : Colomban de Vargas. L’occasion pour la journaliste embarquée a bord de réaliser leur portrait.

ERIC KARSENTI. 61 ans.
DIRECTEUR SCIENTIFIQUE DE TARA OCEANS

« J’ai toujours voulu savoir comment le monde fonctionne. A 15 ans je me suis demandé comment nous prenions les formes que nous avons… je viens d’une famille athée et il n’y avait pas d’explication puisqu’il n’y avait pas de dieu. »
Sur le pont du navire, Eric a des airs de Neptune. La barbe est blanche et bouclée, le pied marin et le sourire éclatant d’être sur cette eau salée qu’il aime tant. Il est encore jeune étudiant en biologie, quand il devient chef de bord sur des voiliers-école à la Trinité. Il y consacrera toutes ses vacances pendant 10 ans…

Eric se spécialise en biologie moléculaire. Comment les cellules fonctionnent ? D’où viennent leurs formes ? Comment se divisent-elles ? De quoi sont-elles composées ? Pendant 7 ans Eric travaille inlassablement sur le sujet au sein de l’Institut Pasteur à Paris. L’intuition géniale qui va changer sa carrière, Eric l’a quelques années plus tard, à San Francisco. Il part avec femme et enfants (sa seconde fille est née là-bas) pour poursuivre ses recherches à l’université de Californie. En observant des œufs de grenouille, Eric comprend comment les chromosomes sont concentrés, reproduits puis dispatchés au moment de la division d’une cellule en deux cellules-filles. Il comprend mais a besoin d’apporter des preuves à son raisonnement. Le Laboratoire Européen de Biologie Moléculaire, en Allemagne lui offre cette possibilité. Mais avant cela, la famille Karsenti achète un van et traverse l’Amérique d’ouest en est.
Pendant 15 ans, Eric cherche des confirmations de ce qu’il a découvert aux Etats-Unis. Il forme une équipe mixte d’une centaine de physiciens et de biologistes. Il voyage beaucoup entre la France et l’Allemagne et continue à naviguer dès qu’il en a l’occasion. Son bateau à lui, il ira le chercher jusqu’à Saint Martin aux Antilles. « Roll over » est un ancien charter de 13 mètres de long. Eric le ramène en France et lui trouve un nouveau port d’attache en Bretagne.

L’idée d’une expédition comme Tara Océans lui est venue il y a presque 10 ans, en lisant « Le Voyage du Beagle » de Darwin. Il aimerait retracer le parcours du naturaliste et attirer l’attention du grand public sur la science. « Il y a un aspect frustrant dans la recherche : c’est beaucoup de travail mais on conserve une image académique et ennuyeuse caricaturale… et puis personne ne comprend ce qu’on fait ! ».
« Je connaissais Tara et j’avais pensé à ce bateau, mais à ce moment-là il était coincé dans les glaces… alors je pensais que ça ne pourrait pas coller, mais finalement il a été relâché par la banquise plus tôt que prévu… ».
Il a fallu une année complète pour imaginer le bon compromis entre sciences et sensibilisation, et aujourd’hui Eric se sent satisfait : « grâce à Tara, nous allons pouvoir dégager une nouvelle vision globale des océans ! »

Le moment d’Eric – « J’aime beaucoup naviguer en solitaire parce que tu es obligé de tout faire à bord. Tu dois anticiper toutes les réactions du bateau, qui devient un prolongement de toi ».

Pour vivre à bord avec Eric – Il ne faut pas qu’il y ait de bazar dans un bateau, de trucs qui traînent. Les gens hyper bavards me fatiguent aussi en mer.

Vous suivrez les aventures d’Eric jusqu’à : Lisbonne puis de Beyrouth à Hurgada.

COLOMBAN DE VARGAS. 38 ans
COORDINATEUR BIODIVERSITE PELAGIQUE (organiser le comptage, et répertorier ce qu’il y a dans le plancton, et comprendre comment fonctionnent les réseaux d espèces pélagiques)

Colomban est un collectionneur. Tout petit, pendant sa période « insectes et reptiles », il s’est entiché de deux vipères, qu’il a soigneusement cachées dans sa chambre avant que sa maman ne les découvre.
Colomban est aussi difficile à situer géographiquement, avec un prénom irlandais, un nom de famille espagnol, une petite enfance au Tchad et une bonne partie de sa vie en Suisse. C’est à cause de ce pays sans littoral , qu’il découvre la mer tardivement à 7 ans ou 8 ans. « La première fois que j’ai mis la tête sous l’eau ça a été un le choc ! ».

Notre Helvète commence la biologie moléculaire et la génétique à l’université de Genève, l’un des pôles d’excellence en la matière. « Je faisais aussi un peu de géologie parce que ça m’intéressait, mais globalement je me demandais ce que je faisais là … ». Sa licence en poche, Colomban fait tout pour bifurquer vers l’océanologie et obtient une année de master à Tahiti.
C’est dans ce cadre tropical, que naît l’une de ses passions. Un chercheur polonais lui fait découvrir les « protistes ». Ces organismes unicellulaires font partie du plancton ne sont ni des animaux, ni des plantes, ni des virus ou des bactéries. Ils peuvent prendre des formes incroyablement complexes et biscornues en se créant de petits squelettes extérieurs en calcaire ou en verre. Colomban est aujourd’hui l’un des plus fervents chercheurs sur ces mystérieux protistes. Il pourrait en parler des heures.

Retour à Genève pour une thèse à cheval entre plusieurs spécialités : génétique, biologie, géologie, climatologie…. C’est ce mélange des genres qui passionne Colomban. En 2000, il s’envole pour Harvard aux Etats-Unis où il achève un post doctorat en génétique des populations. Il postule dans la foulée pour devenir enseignant, « seul jeune candidat européen aux entretiens »… qu’il passe haut la main et obtient le poste.

Pendant trois ans, Colomban enseigne, en anglais, dans une université du New Jersey Il songe un moment à demander sa carte de résident, à s’installer pour de bon… mais il préfère finalement contrer la fuite des cerveaux ! Colomban intègre le CNRS et s’installe en France. A 33 ans, il prend la tête d’une équipe de 10 personnes à la station biologique de Roscoff. « C’est vrai que c’est un peu bizarre pour mon âge en France. D’ailleurs je passe encore souvent pour un Américain, avec tout l’amour que les chercheurs français ont pour ce genre humain ! ».
Sa rencontre avec Eric Karsenti et le projet Tara remonte à juin 2008. Colomban rentre dans la petite équipe des coordinateurs qui se chargent d’établir le projet scientifique de l’expédition.

Le moment de Colomban – « J’aime avant les repas, quand je passe à côté des casseroles de Marion. J’adore ce qu’elle fait, et en particulier ses crumbles. »

Pour vivre à bord avec Colomban – « Je crois que je ne pourrais pas dormir dans la même cabine que quelqu’un qui ronfle ! »

Vous suivrez les aventures de Colomban jusqu’à : Lisbonne, puis de Naples à Tripoli