Jours de pluie

©

12 octobre 2011

Jours de pluie

Le lundi 10 octobre, nous profitons sans le savoir, de notre dernière journée ensoleillée passée sur le pont à la voile pure. Marc Picheral, Claudie Marec et Martin Herteau mettent à l’eau la Rosette (CTD) pour la 500ème fois depuis le début de l’expédition, un anniversaire que nous célébrons au cours d’un apéritif dinatoire. Dans le cockpit, un regard sur les prévisions météorologiques nous annonce la couleur des jours à venir. Des flèches de plus en plus rouges représentent l’évolution du vent sur le logiciel de navigation. Une tempête tropicale au Sud/Ouest de la Californie se dirige en direction d’un anticyclone au Nord/Ouest de notre passage. Tara se retrouverait donc prise dans une « zone d’étranglement » avec des vents prévus de 40 nœuds (75 km/h).

Le lendemain, le vent se lève, la mer s’agite, et nous continuons notre route à l’affût de nouvelles concernant cette tempête. Une journée passée dans le carré c’est l’occasion pour une partie de l’équipage de partager leurs états d’âme.

Martin Herteau : Un mardi singulier, changeant, une nouvelle phase de la route vers San Diego le soleil est parti depuis hier et nous naviguons à la voile sous un ciel nuageux et gris (nommé breton par certaines personnes à l’esprit obtus et aux expériences limités). Le temps est frais, les tropiques sont bien en dessous, nous avons mangé notre pain blanc.
Pour annoncer la dépression vers laquelle nous filons, la misaine (voile) s’est déchirée cet après-midi au même endroit que pendant l’étape précédente. Pourtant réparée à Hawaii la couture n’est manifestement pas au niveau. Heureusement, il y a l’ambiance chaleureuse du carré autour d’un bon repas.

Raphaël Morard : Le soleil nous a quitté, Le vent s’est levé, La grande voile a cédé

Yohann Mucherie : La poisse en ce moment, au moteur pendant des jours faute de vent et misaine déchirée quand enfin il pointe son nez…
Mais il faut relativiser, ça pourrait être pire, on pourrait avoir les deux moteurs dans le sac ainsi que la grand-voile !

Isabelle Taupier Letage : On avait fini par complètement l’oublier, alors il revient en force et se venge : L’hiver a déboulé ce matin avec force, rideaux de pluie et rafales cinglantes ; ciel aussi bouché que les goiots. Et comme pour assurer son pouvoir il diminue le nôtre en déchirant une voile et en nous imposant une route défavorable, en supprimant une station d’échantillonnage et en hypothéquant la suivante. Le vent passe et la science trépasse, c’est la dure loi de l’océanographie.

Baptiste Bernard : La voile est déchirée, Les grenouilles ont pleuré, La pluie n’est que furie, Les grenouilles sont parties, Malgré tout San Diego nous attend, Les grenouilles portées par le vent.

Céline Blanchard : Ce midi, au menu, le thazard pêché par l’équipage.

Céline Dimier : Mauvais temps. Misaine cassée. Pas de station en vue. On commence à trouver le temps long.

Claudie Marec : Le soleil nous fait faux bond et le vent a forci. Tara navigue et glisse élégamment sur les vagues. Mais nous, à l’allure un peu gauche dans le bateau, effectuons chaque déplacement avec lenteur. Nous occupons l’espace et le temps d’ici la prochaine station scientifique que nous attendons de « pied ferme ». Vivement que les manips reprennent. Les manœuvres au pont pour les voiles me font envie mais il y a toujours plus de volontaires que de paires de mains requises. Alors je laisse la place, chanceuse d’avoir déjà bien navigué à la voile.
Ne pas oublier combien je suis privilégiée d’être ici, à bord de Tara, au milieu du Pacifique, en compagnie de gens agréables et de gens passionnés.

Andres Peyrot