La pêche aux robots

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1 décembre 2009

Aujourd’hui en pleine Méditerranée c’est la pêche aux robots. Nous courrons après un « glider » qui a activé son signal de détresse. Il nous attend en surface au dessus du gyre, un tourbillon marin que nous allons explorer ces jours-ci.

Notre équipe d’experts est un peu fébrile ; c’est vrai que ces petits bijoux de technologie sont un enjeu important. D’eux dépendent les prochaines semaines d’expédition et l’exploration du tourbillon marin.
Au petit matin, toute l’équipe est sur le pont. On affale les voiles une fois arrivés sur zone. Tout l’équipage participe aux manœuvres et très vite les zodiacs sont prêts à sauter à l’eau. « Ben alors, c’est la guerre ce matin! », fait Denys à peine monté sur le pont en nous voyant si affairés. Les GPS embarqués sur les gliders nous donnent une direction assez précise, la mer commence à se former et nous nous dirigeons plein Est, aveuglés par la lumière du soleil levant, repêcher notre naufragé, petit drone d’un mètre cinquante perdu au milieu des flots.

On doit retrouver Pythéas ; du nom de Pythéas « le menteur », un marin marseillais ainsi nommé car il aurait vu un pays où le soleil ne se couche jamais et où de la glace flotte dans l’eau, assurément un fou ou un menteur…

Laurent arrive sur le pont. « Il y en a un autre ! ». On vient en effet de l’apprendre. Celui là c’est Hannon, du nom d’un explorateur de fortune, général carthaginois exilé par la famille régnante pour des histoires de cour. Il partit vers le sud avec sa galère, franchissant le détroit de Gibraltar où les marins jettent une voile à la mer pour demander aux dieux le passage. En longeant les côtes, il aurait découvert un pays lointain peuplé d’êtres étranges : la Guinée.

Dans nos petits bateaux gonflables, nous sommes en tout cas impatients de courir après les ancêtres en flottant sur la crête des vagues. Il nous suffit de quelques minutes pour atteindre le premier. Fabrizio, maître ès zodiac, et Laurent, notre expert-glider d’élite, le hissent hors de l’eau et nous rapatrions Pythéas à bord de Tara. Nous atteindrons Hannon en fin de matinée. « Finalement c’est pas mal Tara pour ramasser les gliders ! » lâche quelqu’un – « Faudrait pas non plus en faire une habitude ! », répond notre capitaine sur le ton de la rigolade, lui qui a la patience et le talent de diriger le parcours parfois compliquée de Tara. Il est presque étonnant de voir la précision de la navigation qui nous amène jusqu’ici à l’heure prévue. Pile à l’heure, même. Décidément, chasser en mer Hervé sait faire.

Une fois sur le pont nos ingénieux ingénieurs prennent soin de nos deux « blessés ». Une fois calés et lavés ils sont amenés dans l’après-midi sur la table d’opération : la grande table du carré de Tara où Laurent et Pierre vont jouer les chirurgiens de l’électronique pour démonter patiemment nos deux robots et découvrir les fuites d’eau dans leur ventre. Il y a de l’argent là dedans, mais aussi un peu plus que ça… Il suffit de les voir opérer la bête de métal pour comprendre le génie de bricole qu’un ingénieur peut y mettre.
A la tombée du jour ils sont recouchés sur le pont et nous pouvons refaire route vers Chypre.

David Sauveur