La pêche, sport national à Saint Brandon

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4 mai 2010

La pêche, sport national à Saint Brandon

« A Saint Brandon, il n’est même pas la peine d’appâter. Le poisson il saute tout seul dans ton bateau ». Ce n’est pas mot pour mot ce qu’a dit Armand, l’administrateur de l’archipel, à notre arrivée, mais l’idée y est… 10 jours plus tard, nous sommes au régime riz et poisson quotidien. Cependant notre dextérité n’y est pour rien.

Le lendemain de notre arrivée à l’île du sud, deux pêcheurs viennent à bord de Tara pour visiter le bateau. Gentiment, ils nous montent une ligne avec un solide fil de nylon et un hameçon de belle taille, « pour pêcher la babonne », le régal local, apparenté au mérou.

Première tentative avec Julien, le cuisinier : Nous plongeons nos lignes à l’eau. Pas même le temps de compter jusqu’à 20 et une proie se débat déjà. Au bout de l’hameçon, un poisson gris strié de noir, d’une cinquantaine de centimètres, avec une vague allure de requin, si ce n’est la grosse ventouse qui orne le sommet de son crâne. C’est un rémora, inoffensif nettoyeur qui se colle aux autres poissons pour les débarrasser de leurs parasites, et dont la chair est parfaitement inintéressante.

Les rémoras gloutons rôdent sous la coque de Tara. Ils se précipitent par dizaine quand l’un de nous vide la fin de son assiette à la mer. Impossible de mettre une ligne à l’eau sans les pêcher. Nous remisons donc nos rêves en attendant une occasion propice. Pour compenser, Armand nous apporte une grosse babonne, que Julien prépare crue, marinée dans le lait de coco, le citron et les épices.

Deuxième tentative plus au nord de l’archipel, à la canne à pêche et au leurre. En lançant la ligne suffisamment loin du bateau, les rémoras ne devraient pas se jeter dessus. Là encore, ça mord en quelques secondes.
Un long poisson à l’allure inquiétante se débat sur le pont du bateau. C’est un poisson-aiguille-crocodile. Ils nagent très près de la surface avec leur long bec dentelé. Leur peau chatoie de reflets bleus, argentés, verts et jaunes, et ils sont bourrés d’arrêtes.

Deux pêcheurs de passage dans leur canot nous sauvent une nouvelle fois la mise, en troquant une grosse babonne mauve contre 2 canettes de soda. Dans ces îles isolées, l’argent n’est pas la principale monnaie d’échange. Que pourrait-on acheter, si ce n’est les quelques provisions de l’épicerie d’Armand ? Le vrai trésor au beau milieu de l’Océan Indien ce sont les denrées que transportent les bateaux de croisière ou de travail comme Tara. Boîtes de fruits au sirop, biscuits au chocolat, boissons gazeuses… tout ce qui pourra distraire les pêcheurs de leur ordinaire alimentaire.

Ici, pas de taux de change. Les valeurs sont indexées sur la cordialité des rapports humains. Noël, le cuisinier d’Armand, nous reçoit sur l’île Raphaël avec une montagne d’accras au fromage et au poisson.
En repartant, nous croisons la route de deux pêcheurs de langouste. Ils ouvrent les entrailles de leur barque. « La pêche n’a pas été bonne aujourd’hui », la pluie les a chassés des récifs. « Ils vont nous donner quelques petites seulement » s’excuse Armand dans un sourire. Petites ?  Les deux pêcheurs remplissent un sac avec 20 langoustes de taille très honorable.

Ruby, notre observatrice scientifique mauricienne, passe quelques heures à bord du navire frigorifique qui livre la pêche de Saint Brandon à l’île Maurice ? Chaque poisson qu’elle a touché nous est offert pour le dîner !

Inutile de savoir pêcher quand on a des amitiés bien placées…

Sacha Bollet