La route de l’Ouest

© Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

27 septembre 2016

Île après île, Tara continue de tracer sa route dans le Pacifique en faisant cette semaine escale aux Gambier, en Polynésie française. La route de la goélette dessine maintenant franchement une ligne allant de l’Amérique du Sud jusqu’au Japon : une traversée d’Est en Ouest particulièrement intéressante pour les scientifiques.

Après le canal du Panama, porte d’entrée dans le Pacifique, et la parenthèse colombienne Malpelo, la route de l’Ouest a véritablement commencé à Rapa Nui, l’île de Pâques, avant de se poursuivre vers Ducie Island, puis cette semaine aux Gambier. Par la suite, la goélette continuera sur cette lancée avec Tahiti, les Samoa, Wallis et Futuna, les Mariannes et d’autres, jusqu’à atteindre le Japon en février 2017. Conséquence de cette fuite occidentale, Tara ne cesse de traverser les fuseaux horaires : depuis notre départ de l’île de Pâques, nous avons déjà changé quatre fois d’heure, enchaînant les journées de 25 heures. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter : en arrivant au Japon, Tara aura traversé une quinzaine de fuseaux horaires depuis Lorient.

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La goélette se dirige vers son site de mouillage à l’abri de Taravai, la deuxième plus grande île des Gambier © Yann Chavance / Tara Expeditions Foundation

Mais outre cette course face au soleil couchant, la route vers l’Ouest présente un réel intérêt scientifique. « Les récifs coralliens du Pacifique présentent un gradient de biodiversité très marqué d’Est en Ouest » explique ainsi Emilie Boissin, l’une des coordinatrices scientifiques de l’expédition. « Autrement dit, plus nous irons vers l’Ouest, plus les récifs seront riches en matière de diversité d’espèce. » Une affirmation déjà vérifiée par les premières observations des plongeurs : à Rapa Nui, les fonds ne présentaient que majoritairement deux espèces de coraux. A Ducie, la quantité d’espèces avait déjà augmenté, et ici, aux Gambier, la première plongée semble confirmer une richesse encore plus importante.

Cette relative pauvreté des premières îles traversées a forcé les scientifiques à revoir leurs ambitions à la baisse : sur les trois espèces de coraux étudiés lors de l’expédition, seules deux ont été observés à Rapa Nui et Ducie Island. Idem pour les deux poissons recherchés : aucun à Rapa Nui, un seul à Ducie. Mais selon les scientifiques à bord, tout devrait changer maintenant : si tout se passe bien, cette étape aux Gambier marquera enfin l’apparition de tous les sujets d’étude. Mais même en l’absence de certaines espèces, cette traversée d’Est en Ouest reste très intéressante. « Nous étudions notamment le microbiome des coraux, l’ensemble des micro-organismes vivant avec eux » décrit Emilie Boissin (CRIOBE) . « L’une des questions importantes est de savoir si ce microbiome suit également ce même gradient de biodiversité d’Est en Ouest ». Une partie de la réponse se trouve déjà sûrement dans les frigos et les milliers d’échantillons de Tara.

Yann Chavance

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