La ruche Tara en pleine action

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13 mai 2011

7h30 la station commence. Scientifiques et marins sont sur le pont.

Sarah est à l’avant-poste, aidée des marins, ou de toute bonne main volontaire, elle manie les outils de prélèvements, rosette ou filets qu’elle a auparavant testés, nettoyés, réparés. Tout est solidement arrimé aux bouts, et descendu par le treuil à différentes profondeurs en fonction des opérations prévues. Gestes précis, rapides, elle soulève le lest, l’accroche à l’armature, clipse le bout, manœuvre l’imposante machine, aidée aujourd’hui de Céline qui a quitté les cuisines pour s’initier à d’autres instruments.

Johan, en retrait près du laboratoire humide installé sur le pont, patiente pour récupérer le butin d’un filet aux mailles inférieures à 180 microns. Un filet remonte, il récupère le contenu du collecteur. Les deux tiers seront consacrés aux études génétiques : il filtre l’eau et la stocke dans l’azote liquide. Le dernier tiers sera dédié à l’étude microscopique. Il donne à Sophie un échantillon des prélèvements entre 20 et 180 microns, et à Silvia tous les micro-organismes inférieurs à 0,8 microns. En deçà de cette taille, plus d’eucaryotes, on ne trouve que des bactéries ou des virus, le domaine de prédilection de Silvia.

Silvia a préparé à l’avance toutes les fioles pour recueillir les échantillons, les classer avec les informations nécessaires à l’identification de la station du jour. Ils seront répartis pour différents type d’étude : ADN, ARN, FCM (Flow cytometry) dans son laboratoire de Barcelone. Mais pour l’heure, l’organisation et la rigueur sont primordiales pour récupérer et conserver au mieux les précieux organismes… et tout ceci quelque que soit le roulis du bateau. Le petit patch contre le mal de mer collé discrètement derrière son oreille rappelle que les conditions de travail sur le bateau en pleine mer demande au corps une adaptation bien particulière.

Sophie est aussi sur le pont prête à bondir pour récupérer les échantillons capturés par la rosette dans la couche d’eau DCM (Deep Chlorophyl Maximum) où le phytoplancton est le plus abondant, et ceux provenant des filets effectuant les prélèvements en surface. Elle descend au laboratoire sec et passe sa récolte dans le flowcam qui détecte les particules planctoniques, phyto ou zooplancton.

Denis, observateur équatorien, spécialiste des oiseaux, est aussi un océanographe averti. A bord de Tara pour 15 jours, il prête main forte à Sarah et à Silvia quand les manœuvres s’enchaînent.

Gaby comme tous à l’affût des filets, stocke dans le formol des échantillons de phytoplancton pour les taxonomistes et une autre partie dans l’éthanol pour des analyses génétiques. Supervisant l’ensemble des opérations, il œuvre en même temps sur tous les fronts, et prie Neptune pour que la pluie ne vienne pas perturber la station…

Christian

Pendant ce temps Christian file à l’avant du bateau muni de petits filets, pour récolter plus de macro plancton en « bon état ». Les plus rares auront droit à un traitement de faveur et passeront au studio photo. Aujourd’hui le pyrosome sera la star du shooting. Déjà redescendu dans le labo sec, Christian jette un œil au « flowcam » que Sophie manipule afin de récupérer les organismes qui l’intéressent pour sa banque d’image.

Sarah
Entre deux manipulations d’outils, Sarah plonge dans le carré pour vérifier que les données fournies par les instruments de la rosette sont traitées sur son ordinateur, et imprime les graphes de résultats.
Puis remonte en trombe préparer l’envoi d’un nouvel instrument en immersion. « Pour une station efficace, il doit toujours y avoir un outil à l’eau! » lance-t-elle dans son élan.

Gaby attrape les graphes au vol et se pose pour étudier les différentes données physiques et chimiques en fonction desquelles il adaptera la profondeur des envois.

Au milieu de cette activité de ruche, Loïc, Johann, et Daniel, les marins ne chôment pas, prêtant main forte pour toutes les manœuvres techniques, et surveillant la bonne tenue du navire! Porté par la même énergie, François s’attelle à démonter et remonter les winchs, tandis qu’Aurore, pinceau à la main, butine à tous les postes le pollen de son inspiration.

Les stations finies, nous repartirons pour 3 jours de mer, objectif Guayaquil et le débarquement des échantillons.

Sibylle d’Orgeval