La traversée du Nunavut

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25 septembre 2013

Notre sprint vers le détroit de Bellot continue. Tara file toujours à huit nœuds pour arriver dans les plus brefs délais à ce premier point clé du Passage du Nord Ouest. Sur le front de la glace, la situation est plutôt stable ce mercredi, et nous encourage à poursuivre cette option de rallier au plus vite ce détroit, avant de longer par son flanc ouest la presqu’ile Brodeur.

Les journées et les nuits s’enchaînent au moteur, sans arrêt pour échantillonner le plancton. Cela n’empêche pas l’équipe scientifique emmenée par Lars Stemmann, le chef actuel, d’effectuer des mini stations dans le laboratoire sec (à l’intérieur du bateau) où arrive de l’eau de mer pompée en permanence sous la coque de Tara. Cela complète toutes les données biologiques, physico-chimiques, océanographiques et d’imagerie qui sont enregistrées tout au long de cette course par les instruments embarqués.

Ce matin, Loïc Vallette, notre capitaine nous a livré dans le carré les dernières infos dont il disposait, notamment en matière de météorologie pour les jours à venir. Les nouvelles sont bonnes et laissent beaucoup plus de place à l’espoir qu’il y a quelques jours.

Les températures restent assez clémentes pour l’instant, ralentissant la formation de jeune glace supplémentaire. D’autre part, il n’y aurait pas de coup de vent dans les jours à venir, même plutôt des conditions assez calmes, l’anticyclone semble bien installé dans cette zone. Ce qui signifie que le mince couloir de dégagement le long de la presqu’ile Brodeur, offrirait une navigation sans houle au milieu des glaçons, facilitant aussi la veille au radar.

Tout cela reste bien sûr la théorie du moment, en Arctique les changements peuvent être rapides et quelquefois violents. Donc prudence et patience surtout, l’une des vertus majeures que nous rappelle l’Arctique à chaque voyage dans ces contrées isolées et sauvages.

Cette nuit pendant notre quart, nous avons croisé avec le marin François Aurat, un autre navire faisant route en sens inverse vers « Tuk » (Canada). Un échange cordial teinté d’accent canadien avec l’homme de quart de ce cargo chargé d’approvisionner plusieurs des rares petits hameaux canadiens du passage du Nord-Ouest. Après quelques infos pratiques sur l’état des glaces, la conversation s’est achevée par un « attention à vous autres ! ».

Après les territoires du Nord Ouest, nous avons fait notre entrée dans une autre région canadienne, celle du Nunavut. Nunavut qui veut dire « notre terre » en Inuktitut, la langue Inuit parlée ici en dehors du français, de l’anglais et du « franglais ».  La population de cette région dont la capitale est Iqaluit était de 31.556 habitants en 2009, soit 0,02 habitants au kilomètre carré.

Nous traversons donc un désert immense, et les rares paysages souvent de toundra que nous apercevons de temps à autre, nous confirment qu’il n’y a pas grand monde dans le quartier !

Vincent Hilaire

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