La voix de l’Océanie résonne jusqu’à Rio

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18 juin 2012

Ils ont quitté leurs îles paisibles du Pacifique pour faire entendre leur voix à Rio+20, pour rappeler au monde entier que chez eux la menace environnementale est réelle : la montée des eaux grignote chaque jour un peu plus leur coin de paradis, mettant en péril la survie des peuples mais aussi des cultures ancestrales. 
Parmi les 22 pays et territoires de l’Océanie signataires d’une « position commune » pour Rio+20, les représentants de la délégation de Nouvelle-Calédonie étaient présents lors de l’évènement « The Oceans Day ». Anthony Lecren, membre du Gouvernement en charge de l’économie et du développement durable, accompagné de François Luneau, président de l’aire coutumière* de Xaracuu, évoquent les problématiques de leur territoire, ainsi que celles de leurs voisins.

Près de dix millions de personnes vivent sur les îles et îlots d’Océanie, soit à peine la population de Rio de Janeiro, néanmoins ce territoire représente en terme de superficie, un quart du globe. « L’enjeu principal pour nous à Rio+20, c’est la réelle prise en considération par la communauté internationale de l’environnement du Pacifique. Nous avons décidé de parler d’une même voix, afin de nous faire entendre dès aujourd’hui, et ainsi assurer l’avenir de nos peuples et de nos cultures », déclare Anthony Lecren.

Dans cette requête de « prise en considération du territoire Pacifique », ce membre du Gouvernement en charge de l’économie et du développement durable entend surtout recevoir rapidement un soutien de la communauté internationale, afin de lutter efficacement contre les problématiques environnementales qui menacent les îles, principalement la montée des eaux et la salinisation des cultures. « Nous ne sommes pas nombreux en Océanie, nous avons donc peu de moyens pour gérer ce vaste territoire. De plus, la plupart des états ou territoires sont constitués de nombreuses îles, et cette double insularité rend encore plus complexe la gestion de notre environnement. »

Néanmoins il faut agir vite, car de « parole d’anciens » le processus n’a jamais été aussi rapide et continue de s’accélérer à vue d’œil. Sur les plages, les arbres s’affaissent, la mer gagne chaque jour un peu plus de terrain, l’eau salée s’infiltre dans les terres cultivables, posant un réel problème pour les activités agricoles et réduisant aussi les accès à l’eau potable de la population. « Les femmes de Xaracuu sont de plus en plus inquiètes pour l’avenir » confie le coutumier Kanak François Luneau.

Si en Nouvelle-Calédonie, la présence de la Grande Terre assure un territoire de repli pour les habitants des îlots, la situation est bien différente à des milliers de miles nautiques. Pour les îles Marshall ou pour l’Archipel de Tuvalu, l’assaut des océans remet totalement en cause l’avenir de leur état-nation. Que vont devenir les habitants de ces archipels si la mer engloutit leur territoire ? La question reste toujours en suspens…

Pour les habitants de l’atoll Carteret en Papouasie–Nouvelle-Guinée, qui figurent sur la regrettable liste des premiers réfugiés climatiques, le rapatriement s’est déjà effectué sur le continent. Mais ce déplacement des populations est loin de se dérouler sans encombre. Aujourd’hui, malgré les menaces, certains choisissent même de rentrer chez eux.

Pour que le sort de ces peuples d’Océanie ne sombrent pas dans l’oubli, la délégation calédonienne a donc fait le déplacement jusqu’à Rio, accompagnée par d’autres représentants des îles du Pacifique. Au-delà des négociations officielles, le sommet de la terre est l’occasion pour le peuple d’Océanie de présenter le programme commun : « Un arbre, un jour, une vie ». Ce projet de plantation de 250 000 d’arbres, qui servira à la cause environnementale, qui permettra le développement économique et qui favorisera la transmission des connaissances ancestrales, symbolise avant tout un message d’espoir pour les futures générations.

Parallèlement à ce programme, les peuples d’Océanie continuent d’avancer sur la voie du développement durable, en ayant recourt par exemple à l’énergie éolienne, au cocofuel… Pour François Luneau respecter son environnement apparaît comme une évidence : « La Terre est notre mère à tous, elle nous nourrit, elle nous héberge, elle nous protège, elle nous aime tendrement, je ne comprends pas que les hommes ne la respecte pas…».

Anna Deniaud

 

* En Nouvelle-Calédonie, le territoire est divisé en aires coutumières. Ces subdivisions spéciales et parallèles aux subdivisions administratives, sont gérées par des conseils coutumiers. Les membres du conseil coutumier sont désignées par la tribu, sous le contrôle du conseil des Anciens des chefferies et cela généralement pour un mandat de trois ans.