Lady Blake

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7 février 2014

Lady Blake

Artiste peintre, Pippa Blake, veuve de sir Peter Blake, l’ancien propriétaire de Tara – ex-Seamaster – ne rate aucune des aventures en mer du voilier polaire…

Peut-on agir sur la fatalité ? Ne pas être condamné à l’inexorable ? Pippa Blake n’a pas fini de se poser ces questions. Surtout depuis ce fatidique 6 décembre 2001, peu après 22 heures. Depuis cet instant terrible, impossible, à Macapa, sur une rive nord du fleuve Amazone, quand son mari, le grand navigateur néo-zélandais Peter Blake, à la tête d’une expédition à bord de son voilier Seamaster, fut attaqué avec son équipage de dix hommes par un groupe de pirates armés (appelé « Les Rats des eaux ») et tué en tentant de se défendre, à 53 ans. Comment, depuis, excuser la vie, apaiser la douleur, guérir le traumatisme ?

Depuis dix ans, Lady Blake, avec ses grands yeux et son élégance, peint un peu plus qu’auparavant les hommes qui s’écharpent, la nature partant en vrille, les folies sur terre et le chaos. Depuis son atelier de Portsmouth, dans le sud de l’Angleterre, elle peint des toiles d’une beauté rare, fragile, âpre, parfois d’une violence inouïe. Elle peint le terrorisme, l’impact d’un tremblement de terre, la guerre, la destruction, transcendés sous des visions quasi abstraites. La solitude et la tristesse prennent aussi corps sous son pinceau… Lorsqu’on lui dit que ses toiles captivent par leur beauté*, elle répond : « Vous croyez ? Je n’en suis pas sûre. Mais j’ai besoin, c’est vrai, d’entendre ce genre de mots. Cela m’aide à y voir plus clair. »

Quand elle ne peint pas, Pippa Blake regarde grandir ses deux enfants – son fils James, réalisateur de documentaires est également un expert en plongée sous-marine. Il réalise actuellement un film sur le grand requin blanc au Mexique. Sa fille Sarah-Jane est artiste et vient tout juste de traverser l’Atlantique et le Pacifique. Elle suit également, depuis 2003, les aventures au fil de l’eau de l’ex-voilier Seamaster de son mari, devenu Tara en 2003. « J’ai été si heureuse que ce soit Étienne (Bourgois), Agnès (Troublé) et leur équipe qui reprennent Seamaster, l’ancien Antarctica (1990-1996, ndlr) de Jean-Louis Étienne, et en fasse Tara. Ce n’était pas faute de repreneurs, car ces derniers étaient nombreux. Mais seuls Étienne et Agnès avaient une vision assez identique à celle de Peter. Les actions qu’ils envisageaient prolongeaient d’une certaine façon les siennes. Mais je suis aussi ravie que l’équipe de Tara me tienne au courant, aujourd’hui encore, de ce qu’ils font. Le lien est maintenu. Je ne rate rien de leurs aventures. Je sais ce que fait Tara et où se trouve le bateau. » Et par là même peut-être l’âme de Peter ?

Pippa Blake assure que son mari, héros de Nouvelle-Zélande, serait aujourd’hui « heureux » de voir son voilier multiplier les expéditions pour étudier l’impact du changement climatique. « Oui, Peter serait heureux. Parce que les responsables de Tara Expéditions font bien les choses. Ils impliquent la science et l’aventure sur ce qui compte le plus, le réchauffement climatique. Tant de gens – comme nos politiciens en Angleterre – ne se préoccupent pas ou trop peu de ce problème (…). Je suis donc fière que Tara traverse ainsi les océans en poursuivant les rêves de Peter. Cette intention est cruciale pour la planète. L’avenir du monde dépend de telles missions pour faire changer le cours des choses… » Un ange passe… Et Pippa Blake d’ajouter cette confidence : « Vous savez, je dois vous dire : quand Peter voguait autour du monde, il voyageait en équipe. Et son équipage était pareil à sa famille. Or, aujourd’hui, je constate que l’équipe de Tara Expéditions forme elle aussi une grande famille ! »
Lady Blake, elle, est une grande dame.En savoir plus

Michel Temman
, rédacteur en chef du journal Tara “spécial 10 ans”

* www.pippablake.com