L’aluminium contre la glace

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17 décembre 2007

Depuis la débâcle de cette semaine, et après une nuit de calme total, une lutte sans merci semble avoir commencer entre Tara et la glace. Aujourd’hui et particulièrement en ce moment alors que j’écris ces lignes, les cloisons de ma cabine résonnent de pressions énormes continues. A un nouvel assaut succède un autre, toute la cabine entière vibre et Tara bouge en même temps. C’est vraiment très impressionnant et je pèse mes mots. Toute la structure du bateau est compressée et tremble de toute part. Tiens bon Tara ! D’un coup plus rien. Et puis de nouveau quelques craquements. La glace « casse », prévient avant son nouvel assaut. Puis se déchaîne alors d’une puissance colossale. On dirait qu’elle veut tout broyer. Montrer sa puissance coûte que coûte quel qu’en soit le prix. Sans conscience. Le seul patron ici. Seigneur sur ses terres. Nous sommes clairement des intrus. Des visiteurs. Mais quelle chance d’assister à tout ça. Hervé Bourmaud, le capitaine de Tara fait des rondes, vérifie s’il n’y a pas de voies d’eau. Dans ces moments là on a l’impression que tout peut arriver. Une partie de votre esprit toujours contrôlé par l’autre se met à imaginer le pire. Il faut dominer sa peur, ne pas paniquer. Mais ces compressions ont quelque chose d’angoissant, de terrifiant même. On discerne d’un coup encore mieux la force de ce qui nous entoure. Ça glace le sang sans mauvais jeu de mots. J’ai l’impression qu’après la quiétude de ces derniers mois notre rendez vous avec les éléments a commencé. En tout cas, nous sommes vraiment dans le détroit de Fram maintenant, et l’aventure sportive que nous promettaient les spécialistes polaires si nous suivions les côtes groënlandaises semblent avoir commencer. Hier nous comparions ces frottements aux aboiements d’un chien, à une vieille porte qui se ferme doucement ou encore à des frottements de bateau contre un quai ; Aujourd’hui, nous avons maintenant l’impression d’être dans un énorme étau. Gigantesque au pouvoir titanesque. Depuis la débâcle et avec l’arrivée de vents d’est ce matin, la glace s’est à nouveau refermée autour de Tara. La débâcle est désormais du passé. Elle ne lâche pas l’affaire. Pas question que « la baleine » (Tara) se fasse la malle aussi vite. La glace usera de son pouvoir jusqu’au bout. Est-ce un baroud d’honneur ou le début d’une descente groenlandaise musclée ? Wait and see !