Le banya

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4 février 2007

TARA Arctic

Le banya

Le sauna est une tradition dans tous les pays nordique en Russie on l’appelle aussi le banya. Chaque fin de semaine, les habitants des provinces les plus froides, comme en Sibérie, aiment se retrouver au banya. On y amène quelques provisions du genre amuse gueule et de la vodka. Le banya du port de Tiksi par exemple se trouvait au premier étage d’une grande bâtisse. Tout l’étage de plusieurs centaines de mètres carré était divisé en deux banya : l’un étant réservé pour les femmes et les enfants tandis que l’autre est destiné aux hommes. Après avoir payé au bureau d’entrée, on pénètre dans une immense pièce séparée en petites sections par des bancs et des casiers. Ce sont des vestiaires conviviaux où l’on partage les victuailles et la boisson, avant, pendant ou après le passage au sauna. La pièce suivante est un peu plus petite, là sont installés les douches et des sortes de lavabos pour les ablutions. L’eau chaude ou froide coule à volonté. Le banya en lui même se trouve dans la troisième pièce. Elle est plus petite et aménagée avec des gradins de bois qui servent de sièges. Il règne une température de 70° à 90° suivant l’altitude des bancs du gradin. Les habitants de Tiksi y passent des heures à transpirer mais pas seulement. Après une bonne suée, ils ont pour habitude de se fouetter avec des branchages très fournis en feuilles. Les feuilles de chêne, trempées dans l’eau chaude, sont très prisées. C’est très bon pour la circulation du sang paraît-il. Puis l’adepte du banya prend une douche froide. Quand je parle de douche je devrai plutôt dire une énorme masse d’eau froide délivrée d’un seul coup par une bassine à bascule.
Après le banya tout le monde à l’air détendu et la vodka vient compléter le réchauffement intérieur.

Gamet qui a passé une bonne partie de sa vie en Sibérie a voulu nous faire goûter à cette tradition du grand nord. Après avoir fait l’état des lieux avec Hervé du bois qu’il restait à bord, Gamet s’est attelé à un chantier colossal : construire un sauna sur le pont d’un bateau par une température ambiante entre -30° et -40°. Il lui a fallu démonter des structures métalliques, les dessouder puis les ressouder afin de faire de la place pour une cabane de 2m50 sur 2 m et d’une hauteur de 1,90 m. Puis, il lui a fallu couper et poncer les planches, trouver et installer du matériel isolant, poser un radiateur électrique etc… La construction du banya à pris un mois, parfois Hervè a aidé Gamet, mais bien souvent, il y travaillait seul et avec  acharnement.
Le banya fût inauguré juste après l’anniversaire de Nico la première semaine de décembre. Une pleine réussite de la technologie russe, des pierres ont été disposées sur le puissant radiateur électrique, lorsqu’elles sont bien chaudes, il suffit de verser de l’eau pour que la petite pièce se remplisse d’une chaleur humide et intense. Nous avons décidé après consultation du commissaire de l’énergie à bord de s’octroyer deux cessions de banya par semaine: le jeudi et le dimanche.
Au début nous avons eu un peu de mal à nous habituer à cause du passage de -30° à l’extérieur à 70° dans le banya. Désormais c’est un plaisir que personne ne manque.
Le banya nous procure une détente en profondeur et fait chanter nos cellules comme si cela leurs rappelait le soleil qui nous manque depuis déjà depuis 5 mois. Nous avons remarqué qu’après une cession de sauna nous dormons plus profondément et nous supportons mieux le froid. Pendant le banya, il nous arrive de sortir nu par -35° et de nous frotter avec de la neige pendant quelques minutes avant de revenir dans la cabane surchauffée. Nous comprenons maintenant un peu mieux l’engouement qu’ont les habitants du grand nord pour le sauna ou les huttes de sudations. Un grand merci à Gamet de nous avoir fait ce beau cadeau qui rend notre dérive un peu plus confortable.

Bruno