Le bateau a 20 ans

© Tara Expéditions

10 juin 2009

Ce mois-ci la goélette fête ses vingt ans. C’est l’occasion de mettre en ligne plusieurs témoignages des personnalités qui ont marqué ce bateau.

Le premier est celui de Michel Franco, ingénieur concepteur d’Antarctica en 1988

” Antarctica, vaste programme: je l’avais dans la tête depuis ma première navigation en Antarctique en 1983 sur Graham: un sloop voilier en acier de 12 mètres conçu pour aller au Groenland en été et que nous avions modifié pour assurer notre autonomie et notre sécurité dans les glaces. À l’époque, nous (nous = Philippe Cardis, Christian de Marliave, Luc Fréjacques, Henri Rossier, et Olivier Carré) ignorions tout des navigations polaires. Il nous fallait juste aller voir. Nous n’avions que des connaissances livresques, notamment des magnifiques voyages de Jérôme Poncet, d’abord avec Janichon (10 mètres en bois moulé) et ensuite avec Sally (hivernage en baie Marguerite sur son fameux Damien) et les instructions nautiques anglaises: l’Antarctic Pilot.

Nous nous étions retrouvés coincés dans le pack dans Cristal Sound en péninsule Antarctique lors d’une tentative pour franchir le Gullet. Le vent avait tourné et les floes se mettaient en pression contre la côte et commençaient à nous coincer. Nous nous sommes dégagés in extremis.
J’ai compris à ce moment-là qu’une coque en forme de noyau d’olive serait une défense moderne et subtile pour échapper à la pression des glaces.

Ensuite les choses se sont enchaînées comme par magie. De cette expédition, nous avions rapporté un film (Pourquoi pas Graham, A2, qui a obtenu le prix spécial du jury au festival de La Plagne et un livre, Terre de Graham, Arthaud 1984) qui a reçu le prix de l’académie de Marine. Pas mal pour des montagnards!

L’année suivante, je rencontrais Jean-Louis Etienne à Chamonix chez des amis communs. L’année d’après (printemps 1986), il me demandait de l’assister pour sa marche solitaire au Pôle Nord.

En été 1986, au départ du BOC Chalenge, nous étions toute une équipe d’amis pour assister Titouan Lamazou dans les préparatifs de sa course autour du monde en solitaire. Nous avions loué la Jonque Elf (La Dame de Canton) lors du départ.
À bord, il y avait Jean-Louis Etienne, et aussi les architectes navals, Luc Bouvet et Olivier Petit. Après le départ, la soirée avait été arrosée et je me souviens avoir dessiné les premières esquisses du bordé du futur Antarctica, sous l’œil amusé des marins.
En 1987, nous (Christian de Marliave, Jean-Louis Etienne et Bernard Prud’homme) rallions le Pôle Nord Magnétique avec 16 adolescents.
Pendant l’été 1987, Jean-Louis Etienne m’annonçait qu’il avait un projet ambitieux et qu’il aurait besoin de moi. Je partais alors recharger mes batteries dans le Sahara algérien avec Christian de Marliave pendant 2 mois. À mon retour, Jean-Louis Etienne m’annonçait son projet de traversée de l’Antarctique en traîneau à chiens avec Will Steger. Tout naturellement le Voilier Polaire s’inscrivait dans ce projet: je me souviens encore de Jean-Louis me disant: “OK, tu t’occupes du bateau.” Ce qui fut fait.

Bien longtemps après, je me souviens également avoir lu dans le livre de bord légué par Sir Peter Blake, qu’il s’était trouvé au voisinage d’un cyclone et qu’il ne l’avait pas mis en fuite mais qu’il était entré dedans et avait trouvé le comportement de Seamaster incroyable dans le gros temps.

Je suis resté à bord de la construction jusqu’à la fin de la première navigation en Antarctique ! (16 mois).

À bord et avant de partir autour du monde, j’ai rencontré Jean Collet, Gildas Flahault, Thierry Braud, entre autres… que des gens de valeur que je vois encore aujourd’hui.”