Le bouquet final

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20 mars 2012

Alors que nous ne sommes plus qu’à 355 miles nautiques de la Corogne (Espagne), nous avons commencé ce matin l’avant dernière station de l’expédition Tara Oceans. Il s’agit d’une station longue qui serait suivie en fin de semaine de sa sœur jumelle. Pourquoi étudier à deux reprises et à quelques jours d’intervalle la même masse d’eau?

Comme un coup de vent est attendu entre ces deux phases d’échantillonnage, Stéphane Pesant, le chef scientifique de ce dernier leg, cherche à comprendre quel impact il pourrait avoir sur le plancton et son métabolisme.

Dès sept heures ce matin toute l’équipe était sur le pont pour lancer cette station n°152. Une routine bien orchestrée par les deux ingénieurs océanographes « historiques » de cette expédition, Sarah Searson et Marc Picheral. Chacun retrouvait son poste presque « naturellement » et les gestes s’enchaînaient, automatiques.

Dix rosettes et 13 filets sont prévus pour ces deux jours. Dans le laboratoire humide, en charge de la majorité des filtrations, les deux gladiatrices de service, Defne Arslan et Céline Dimier-Hugueney, attaquaient cette épreuve confiantes.

« Depuis le début de l’expédition Tara Oceans, on a jamais fait ce type de station en deux sets » me confiait cet après-midi Stéphane Pesant. « Cette masse d’eau est assez classique pour l’Atlantique nord en cette saison, l’intérêt c’est vraiment le mélange de ses eaux de surface.

Le mélange de cette couche de surface qui s’enfonce jusqu’à 250 mètres environ est dynamique. Nous voulons donc savoir comment sa structure peut se modifier, ou pas, après le passage de ce coup de vent.

Plus que la biodiversité ce qui nous intéresse ici, c’est le métabolisme du plancton. Change-t-il avec le passage de ce coup de vent parce que ces micro-organismes auraient accès du coup à des nutriments qu’ils ne trouvent pas en surface ? Comment évolue leur photosynthèse ? Comment les espèces réagissent à ces phénomènes météorologiques, à leur excursion forcée vers d’autres profondeurs ? Y-a-t-il des interactions entre elles dans ce nouveau milieu, lesquelles retrouve-t-on dans cette masse d’eau avant et après le coup de vent ? ».

Autant de questions auxquelles l’équipe du québécois Stéphane Pesant voudrait répondre par toute une série d’échantillonnages.

Mais le dynamique et bouillonnant Stéphane a d’autres expériences pour ce leg dans sa besace. Il souhaite faire des mesures de la photosynthèse en observant dans le laboratoire humide, de l’eau prise par la rosette à différentes profondeurs. Il envisage également « une incubation d’un échantillonnage pêché la nuit ». Une partie de la colonne d’eau « travaillée » cette semaine sera placée dans le noir pendant 24H, pour voir comment le métabolisme des micro-organismes présents réagit. On simulera ainsi leur excursion vers les profondeurs comme dans le coup de vent. Il a transformé pour ça l’un des coffres de rangement du matériel de pêche en baignoire.

Enfin, une bouée dérivante mesurant la salinité et la température de l’eau, a également été mise à l’eau hier soir par cette équipe. Nous l’avons recroisé aujourd’hui, à l’occasion de l’un de nos multiples repositionnements. C’est elle qui nous permet de ne pas perdre notre masse d’eau. Le corps bleu surmonté d’un appendice blanc flottait sagement sur l’eau calme de l’atlantique Nord !

Depuis hier, nous évoluons dans une mer presque plate à peine ridée par quelques nœuds de vent. Seule une houle de nord vient troubler cette quiétude avant la venue de ces vents agités.

Au fait d’où nous sommes, Lorient n’est plus qu’à 340 miles !

Vincent Hilaire