Le compte à rebours

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29 mars 2012

Depuis hier, avec dix-sept personnes à son bord, Tara fait route vers la dernière destination de l’expédition Tara Oceans, Lorient. Après avoir quitté la côte espagnole en début de nuit, la goélette est maintenant sous voile, et un tiers des 330 miles de cette ultime étape ont déjà été parcourus. Chacun d’entre nous vit pleinement les derniers instants de cette expédition. Voici ce qui traverse en ce moment l’esprit des principaux concepteurs de ce projet.

Qu’est-ce que représente pour vous cette fin d’expédition ?

- Eric Karsenti, co-directeur de l’expédition Tara Oceans : “C’est un succès dans la mesure où on a réussi à faire tout ce qu’on voulait. C’est une fin et un début aussi. La fin de la collecte et le début de l’analyse.
Maintenant qu’on a de l’argent grâce à la somme qui nous a été donnée par le gouvernement français dans le cadre des “Investissements d’avenir”, on va créer une base pour les données, l’imagerie avec toutes les photos de micro-organismes que nous avons prises à chaque station, et pour le séquençage génétique aussi. C’est une grande structure qu’il faut désormais imaginer et mettre en place.
Ensuite viendra la deuxième partie du travail, la mise à disposition de toute cette matière collectée pendant l’expédition pour la communauté scientifique”.

- Etienne Bourgois, co-directeur de Tara Oceans : “Oui, Tara Oceans ne fait que  commencer. Tout est désormais dans la main des scientifiques. Pour ce qui concerne plus spécifiquement Tara Expéditions, nous allons continuer à échanger, à partager le fruit de ces aventures avec le public, à expliquer ce que nous faisons aux enfants.

Je me réjouis du retour aussi de Tara à Lorient, ça clôture un long voyage. Je suis très satisfait de l’osmose qui règne entre l’équipe Tara et le “team science”, il ne faut pas que tout ça retombe. On va donc tout entreprendre pour que cette collaboration continue avec les laboratoires partenaires de Tara Oceans.
Je tiens par ailleurs  à féliciter l’équipage de Tara. Après 115 .000 kilomètres, le bateau est dans un super état, c’est un très grande satisfaction pour moi”.

- Sabrina Speich, physicienne, coordinatrice de Tara Oceans : “La majeure partie des 153 stations que nous avons faites, a très bien fonctionné. A l’origine, nous avions des données satellites, elles nous ont permis de choisir des lieux d’échantillonnages dans des masses d’eau différentes, et donc de mettre au point une vraie stratégie scientifique. Nous avons combiné des données altimétriques, de températures de surface de la mer et de chlorophylle. Jamais aucune expédition, aucun navire océanographique n’avait entrepris un tel travail en temps réel pendant deux et demi ans d’affilée. Maintenant, un grand travail d’exploitation commence.
La force de ce projet, c’est que nous avons réuni des océanographes physiciens, des biologistes, et grâce à cela nous avons pu mener une détection très variée dans l’Océan Global de la biodiversité à la génétique. La première partie du travail est faite, il faut maintenant que cet esprit d’équipe continue”.

- Chris Bowler, biologiste, coordinateur de Tara Oceans : “Ce n’était pas du tout   évident, on a du ajuster le tir sur plusieurs choses, et tout a marché. Aujourd’hui, l’expédition se termine et je suis d’abord fatigué même si j’attends avec impatience ce grand final, et je savoure de manière intense cette réussite. Je suis aussi très excité par la suite, j’ai hâte que l’on se focalise maintenant sur l’analyse de tous ces échantillons. En plus, les premiers résultats préliminaires nous amènent déjà vers de nouveaux horizons dans la compréhension de la vie planctonique dans les océans. Nous disposons d’énormément d’informations.
Cette arrivée proche, c’est aussi un peu étrange. Venir à bord sans préparer une station, “les logs sheets” et les tubes avec leur étiquetage, ce n’est pas le fonctionnement habituel on ressent un vide”.

- Colomban de Vargas, biologiste, coordinateur de Tara Oceans : “Tara Oceans, ça  restera pour moi une histoire à la fois professionnelle et personnelle. Grâce à cette expédition, j’ai rencontré ma femme et nous avons aujourd’hui un petit Joseph. C’est donc un succès scientifique et personnel.

J’ai aussi l’appréhension que ça s’arrête, cette expédition c’est trois ans de notre vie. En permanence, nous pensions à Tara et au travail. J’ai donc l’angoisse de la fin, mais on va rebondir sur la suite. Avec Tara Oceans, j’ai réalisé l’un des objectifs de ma vie : Savoir ce qu’il y a dans l’eau des océans, des virus aux petits animaux. On a devant nous de très belles années de recherche, c’est un rêve qui s’accomplit.

Je regrette que Gaby Gorsky, l’un des concepteurs du projet avec Eric Karsenti et Christian Sardet, ne soit pas là. Mais il est retenu par ses fonctions de directeur de l’observatoire océanographique de Villefranche-sur-mer. Si l’arrivée de l’expédition dans deux jours est aussi grandiose que le départ, ça promet”.

Propos recueillis par Vincent Hilaire