Le courant passe et un autre courant s’installe

©

13 octobre 2010

Selon toute vraisemblance, notre station de prélèvement (courte) d’hier était la dernière dans le courant équatorial du Sud-Est. Dans les filets les prises étaient encore maigres, comme depuis plusieurs jours, depuis que nous traversons ce désert océanique. La DCM (Depth chlorophyll maximum), cette couche sous-marine dans laquelle se développe la vie phytoplanctonique est toujours aussi profonde, aux alentours de 170 mètres.

Localement sur l’eau, en dehors de notre position GPS qui nous situe désormais au sein d’un autre courant celui du Brésil, divers signes montrent qu’effectivement nous serions en train de changer d’environnement, donc de biodiversité. Hier, des mammifères marins nous ont rendu visite après un grand oiseau blanc difficile à identifier.

La couleur de l’océan reste toujours d’un bleu aussi intense, mais semble-t-il, la zone dans laquelle nous venons de mettre un orteil est différente.

La station courte que nous ferons demain matin, nous confirmera si ces indices sont bons. Si c’était le cas cela voudrait dire que nous sommes effectivement rentrés dans le courant du Brésil. Un courant qui longe la côte Est de l’Amérique du Sud. Au large de l’Amérique latine, il rencontre un autre courant, froid celui-là, venu de l’Antarctique. Cette zone antarctique extrêmement riche en nutriments sera étudiée par les équipes de l’expédition Tara Oceans, dans quelques mois maintenant.

Autant dire que cette entrée dans le courant du Brésil fait que nous basculons dans la deuxième partie de notre étude du grand Océan Atlantique Sud. Nous regardons désormais à nouveau vers le Grand Sud. Et vers les glaces.

Une partie de la traversée de l’Océan Atlantique Sud dans la longueur et la largeur touche à sa fin. Reste la descente.

Presque deux mois de navigation pour arriver à Rio, et quelques 5 000 miles sur la mer, presque 10 000 kilomètres, ce fût une belle navigation. Pour rappel, dans l’hémisphère Nord entre la Bretagne et les Antilles françaises par exemple, il y a environ 3 800 miles nautiques.

Mais revenons à la rencontre de notre courant du Brésil qui va du Nord vers le Sud, et de celui, froid, des Malouines qui remonte lui du Sud. De leur union nait la partie Sud du grand gyre (tourbillon) de l’Atlantique Sud. Et cette branche Sud du grand gyre rejoint ensuite l’Afrique du Sud pour remonter et suivre la route que nous avons faite jusque là. La boucle est bouclée !

Pour l’instant, nous profitons de températures chaudes avant ces futures navigations fraiches.
30° C au thermomètre ce matin. Et paradoxalement nous sortirions du désert océanique ! C’est vrai qu’il nous semble apercevoir derrière les dunes d’eau les premiers cocotiers…

Muito obrigado !

Vincent Hilaire