Le grand jour du grand bloom

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15 mars 2010

Le grand jour du “bloom”

Explosion de vie au milieu de l’océan, l’efflorescence planctonique ou ‘bloom’ connaît son pic annuel en mer d’Oman juste au moment où Tara croise dans ces eaux. Un motif de satisfaction pour ses chercheurs.

Ils l’ont espéré, attendu, cherché, traqué des jours durant pour enfin, vendredi, tomber ‘‘pile poile dedans’’, sourit Antoine Sciandra, responsable scientifique embarqué sur Tara. La veille encore, il comparait les cartes : de chlorophylle de surface (‘photographies’ prises par satellite), d’altimétrie (anomalies de la hauteur de la surface par rapport à un niveau moyen), et enfin de champs de courants de surface modélisés, allant jusqu’à téléphoner à des collègues en France pour tenter de trouver avec le plus de précision possible le siège de ce foisonnement de vie marine propice aux expériences scientifiques.

De cette localisation découlait la route à prendre pour Tara, de manière à être sur zone au petit matin pour commencer les prélèvements. Sur place, explique Antoine, l’analyse des caractéristiques physiques de cette colonne d’eau et de sa fluorescence confirmait sans doute possible la présence du bloom. C’est le grand jour ! Rapidement, une bouée dérivante est jetée à l’eau : ses capteurs enregistrent différents paramètres du milieu marin pour vérifier que l’on est toujours bien au milieu de ce phénomène naturel, dans lequel les chercheurs de Tara vont pratiquer des dizaines de prélèvements.

Le voilier, régulièrement éloigné par le vent, reviendra chaque fois à proximité de cette bouée repérable grâce à son écho radar pour continuer à étudier la masse d’eau à la surface de laquelle elle flotte, et avec laquelle elle dérive. Une longue série de manipulations est mise en route, elle dureront jusque tard dans la nuit, mais c’est pour tous l’aboutissement de long préparatifs, de beaucoup d’efforts et la concrétisation de l’envie légitime de tout chercheur : faire ses expérimentations sur le terrain, avec des moyens que bien peu peuvent s’offrir.

Ce grand jour a transformé Tara en une véritable ruche, chacun mettant la main à la pâte et s’activant sans relâche autour des pompes, des tuyaux, des filets, des flacons : plonger, compter, relever, récolter, nettoyer, et à nouveau plonger, compter… , etc. Les premiers tracés de courbes à partir des premiers paramètres compilés par les différents appareils de mesure confirment bien le caractère anoxique de cette partie nord de l’Océan indien : ‘‘On voit très nettement la présence d’oxygène diminuer à partir de 100 m sous le niveau de la surface, dit Antoine Sciandra, pour disparaître entièrement dès 150 m et jusqu’au fond.’’

‘‘Or on distingue très bien sur cette autre courbe, continue-t-il, le doigt sur une ligne rose hésitante qui marque un renflement, que les matières organiques et non organiques sont plus nombreuses, subitement, entre -500 et -600 mètres’’. Une énigme à résoudre ! La raison d’être du chercheur… C’est, notamment, sur cette bande étonnamment riche que les prélèvements vont se concentrer dans les jours à venir, et même au-delà avec les analyses de laboratoire qui se feront par la suite. Pendant que Tara, elle courra d’autres régions à la recherche d’autres questions à résoudre.

Jérôme Bastion