Le Havre, en passant…

©

28 février 2013

Depuis lundi, Tara est amarré au Havre, quai Jean Reinhart. En pleine zone portuaire. C’est dans cette ambiance faite d’immenses quais, de grues qui n’osent plus bouger et de bassins dénudés que les mâts du voilier ont retrouvé leur position normale, à la verticale.

Au Havre, les adolescents font du skate face à la mer, la mairie a un air d’édifice soviétique, le vent s’engouffre dans les rues sans hésiter. On collectionne les trophées nautiques, on reconvertit les docks en centre commercial, on loge les étudiants dans des containers empilés. On fait du neuf avec du vieux. On jongle entre hier et aujourd’hui. Ce présent fait de bassins immenses bordés de bâtiments en tôle ondulée, de ponts qui se lèvent pour laisser passer des porte-conteneurs du monde entier, d’écluses qui peuvent contenir des navires démesurés.

Des conteneurs par milliers

Premier port de commerce extérieur français, 4ème port du nord de l’Europe, pas loin de 30 entrées et sorties de navires pat jour, 33 000 emplois directs, plus de 60 millions de tonnes qui transitent chaque année, 40% des approvisionnements de pétrole brut français. Les chiffres sont donnés. Ici, tout est disproportionné.

Même la  profondeur des bassins. Surtout la profondeur des bassins. Ici, pas de restrictions dues aux marées, au tirant d’eau ou à la taille des bateaux. On arrive et l’on part jour et nuit. Alors on en voit, du monde passer. Au-delà des piles de containers qui bordent les quais on aperçoit, au loin, les étages d’un porte-conteneurs qui glisse sur la mer. Aucun être humain perceptible dans ces immeubles voguants. On croirait voir passer un navire fantôme ou un gros jouet radiocommandé. Qui glisse, imperturbable, vers l’Europe, la Chine ou l’Asie.

« Ici, avant (…) il y avait plein de choses »

Au Havre, sur le quai Jean Reinhart où Tara est amarré, on croise d’anciens travailleurs du port. Des gars qui viennent voir la goélette, comme ça, par curiosité. « Faut vraiment aimer ça, pour naviguer sur un bateau comme ça ! » lance l’un d’eux. Nous, on se dit exactement la même chose à chaque porte-conteneur que l’on voit passer… Pas besoin d’aller très loin pour en savoir plus sur les lieux qui nous entourent. L’un est pilote au port, l’autre ancien marin sur un remorqueur, l’autre encore docker. Ils ont différents métiers, mais une seule certitude : ces dernières décennies, le paysage a considérablement changé. « Ici, avant il y avait des bateaux qui déchargeaient des fruits, des légumes, il y avait plein de choses. Maintenant, il n’y a plus rien. Avec les containers, tout a été déplacé plus loin… » nous dit un Havrais au bord du bassin Bellot, vide de bateaux, où Tara est temporairement amarré.

Au Havre, les marins de Tara, justement, s’affairent à préparer les mâts. Ils n’ont guère le temps de visiter la ville mais en hument l’esprit, au grès des visiteurs qui passent et les regardent travailler. Au Havre, ils le savent, ils ne font que passer.

Anne Recoules