Le kite surf est un sport dangereux pour les dents

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3 mai 2010

Le kite surf est un sport dangereux pour les dents

Pour faire dégénérer des vacances en famille à Saint Brandon c’est très facile. L’archipel est tellement isolé au milieu de l’Océan Indien, qu’un incident minime peut devenir sérieux en quelques secondes.

Basile, 11 ans, voulait taper dans la main de son frère qui naviguait en kite surf. Une claque de vent et voici notre Basile avec l’appareil dentaire arraché, un gros trou dans la tempe et une sacrée frayeur pour ses parents.

A bord de leur catamaran de luxe, la trousse de secours n’est pas suffisante. Armand l’administrateur de Saint Brandon et désormais ami de l’équipage de Tara nous appelle par la VHF : « Tara, on a un blessé, vous pouvez venir jeter un coup d’œil ? ».

Un gilet de sauvetage, deux mallettes d’intervention d’urgence, Mathilde et Baptiste sautent dans un bateau pneumatique et filent vers les îles du sud. « Quand on est arrivés, il y avait beaucoup de sang ! » décrit Mathilde « on a vu que c’était profond et le mieux c’était de le ramener à bord de Tara ». Demi-tour plein gaz pour notre SAMU des mers, accompagné du jeune blessé et de son papa. « Pendant l’expédition en Arctique on avait des médecins à bord, mais cette fois on navigue en mode maritime international » explique Hervé, le capitaine. « Tous les marins sur Tara sont formés pour être les « mains » des médecins à terre. C’est l’hôpital Purpan de Toulouse qui est toujours prêt à nous répondre 24h/24 ».

Mathilde envoie une photo de la plaie et Hervé recueille par téléphone les directives d’un médecin : « ici il n’y a pas d’évacuation par hélicoptère possible, alors on a dû intervenir sur place ». Ca c’est la théorie.
« Quand tu te retrouves face à la blessure là c’est autre
chose : tu te dis qu’il y a un problème… on voyait l’os ! ».
Basile est anesthésié localement grâce à une série de petites piqûres.

L’infirmière Mathilde raconte : « c’est ça qui est douloureux. Au début le liquide pénètre difficilement autour de la plaie. Après ça se désensibilise rapidement ». « Heureusement qu’on était deux, renchérit Hervé. C’est super important pour se passer les instruments et faire les nœuds… ». Faire les nœuds… ils s’y connaissent nos marins.
Impossible de poser de simples pansements, la plaie est trop profonde, il faut la recoudre. Docteur Hervé se munit d’un fil très fin (pour ne pas laisser de grosse cicatrice sur le visage) et entreprend un premier point de suture.

Basile n’en perd pas une miette, c’est plutôt son père qui s’inquiète. «Nan mais t’inquiètes Papa, ça va… ». Le gros dur en maillot de bain ne bronche pas pendant la pose des trois points. Hervé termine en nettoyant abondamment la blessure « sous les tropiques, il faut se méfier d’une éventuelle surinfection ».

Pour terminer, la vaillante victime grimpe sur le pont de Tara avec le sourire. Elle s’approche d’Armand : « tu crois que ça va me laisser une cicatrice ? ». Le malin Mauricien : « Ah oui, une grosse c’est sûr ». Le valeureux convalescent : « ah ouais top ! ».

Sacha Bollet