Le point critique du passage du Nord-Ouest

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28 septembre 2013

Ce vendredi à 6h00 du matin (heure locale), nous nous sommes engagés avec Tara dans des conditions météorologiques très favorables dans le détroit de Bellot (Canada). Ce bras de mer naturel long d’environ 35 kilomètres, reliant le détroit de Franklin au canal du Prince-Régent était libre de glace, sans obstacle. En un peu plus de quatre heures nous l’avons traversé sans aucune difficulté, observant au passage sur les berges deux ours blancs solitaires et sur leurs gardes.

Entrée du détroit de Bellot. B.Régnier/Tara Expéditions

Entrée du détroit de Bellot. B.Régnier/Tara Expéditions

Nous attendions cet instant depuis presque une semaine, et dès cinq heures du matin, quart ou pas quart, les quinze embarqués depuis Tuktoyaktuk (Canada) étaient là, impatients.

L’entrée du Bellot se dessinait avec de chaque côté de son entrée, des falaises de roches striées et saupoudrées d’une neige bien collée aux parois. « Le même endroit où était passé Amundsen un peu plus d’un siècle avant, en 1903 » me faisait remarquer Lars Stemmann, notre chef scientifique. Et Lars de compléter, l’œil toujours aussi émerveillé et malicieux, « nous sommes aussi ici à la pointe la plus septentrionale du continent américain ».

Dès les premiers miles parcourus dans ce mini bras de mer nous ressentions toute la magie de cet endroit sous un soleil timide, mais des lumières comme seuls les pôles savent nous en faire le présent.

Loïc Vallette, notre capitaine de trente quatre ans, savourait l’instant tout en restant sur ses gardes par rapport au courant que les instructions nautiques nous disaient favorable à cette heure.

Pour commémorer cet instant de grâce et de pureté les marins ont hissé les voiles au dessus d’une eau à peine ridée par le vent. Tel un oiseau déployant ses ailes blanches, Tara qui se donnait dans ce décor des allures de « voilier traditionnel » a commencé à giter un peu aidée par ses moteurs créant ainsi un peu de vent apparent.

Sur le pneumatique mis à l’eau quelques minutes plus tôt, nous admirions et immortalisions cette scène avec le photographe Francis Latreille et la complicité de Martin Hertau, le second capitaine chargé de nous aider à cette tâche. « On n’emprunte pas tous les jours le Détroit de Bellot », disait il aussi ému que nous d’être là à cet instant, avec de telles conditions. Pêcheurs de beauté, quelle chance !

Le Détroit de Bellot dans notre sillage, après une collation réparatrice rapidement  avalée, Lars Stemmann et son équipe de six scientifiques ont décidé après en avoir parlé à Loïc Vallette de lancer une station courte avant de s’engager un peu plus dans canal du Prince-Régent qui est englacé plus au nord.

La rosette a retrouvé l’eau pour une immersion à cent mètres suivie de deux filets à plancton.

A l’heure qu’il est, nous faisons une route Nord-Est dans le canal du Prince-Régent pour rejoindre le flanc ouest de la presqu’île Brodeur. Selon les dernières cartes de glaces reçues, il y aurait un couloir d’eau libre potentiel en longeant cette presqu’île à cet endroit pour déboucher après dans le Lancaster Sound. Les conditions météo sont toujours stables et donc l’aventure possible, mais Tara qui n’est pas un brise-glace réussira-t-elle à se frayer un chemin dans des glaces qui sur quelques miles couvrent 9/10èmes de la surface de l’eau ?

C’est le second moment de vérité de cette expédition Tara Oceans Polar Circle. Passera ou ne passera pas le passage du Nord-Ouest ? Loïc Vallette a relancé les moteurs à fond pour tenter le coup comme toujours avec un optimisme réaliste, les dés sont jetés…

Vincent Hilaire

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