Le sacre du printemps

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6 mars 2012

Après trois jours sous voiles au portant, nous ne sommes plus ce lundi qu’à 450 miles des Açores, et du port d’Horta sur l’île de Faial, notre prochaine escale. Notre pêche a repris aujourd’hui dans des eaux relativement froides, 18°C. C’est la 150ème station depuis le début de l’expédition.

Une pêche marquée par la présence de nombreuses larves de poissons, d’œufs, signe d’un début de printemps dans l’océan, selon Chris Bowler, notre chef de mission.

Si on regarde le ciel et sur le pont de Tara où ont fleuri les lunettes de soleil au milieu des tee-shirts, le printemps on y croit clairement.  Cette impression est confirmée par nos mesures scientifiques, « pour la première fois depuis New-York nous avons trouvé une DCM, une stabilisation des couches qui se forment pendant le printemps et l’été », selon Chris Bowler.

La DCM, pour Deep Chlorophyll Maximum, c’est la zone idéale sous la surface de l’eau pour la reproduction et le développement du phytoplancton par la photosynthèse. La profondeur optimale pour bénéficier du soleil qui vient de la surface, et des nutriments qui remontent des profondeurs. Pour Chris, « elle est aujourd’hui située entre 30 et 60 mètres, signe peut-être que nous bénéficions ici des remontées de la dorsale atlantique puisqu’il y a beaucoup de nutriments, comme les nitrates par exemple ».

Cette grande nurserie, cette crèche où le phytoplancton grandit, se stabilise toujours au printemps, elle se densifie devient moins volatile, plus établie que pour les autres saisons. C’est de ces DCM que seraient issus les fameux blooms, des explosions de vie sous-marines où le phytoplancton prolifère, donnant ainsi un festin au zooplancton et à toute la chaîne alimentaire. Des blooms que nous observerons probablement dans le prochain leg entre Horta et la Corogne, où nous retrouverons peut-être des espèces pêchées aujourd’hui avant les Açores.

Ici au large des Açores, Chris et son équipe ont constaté une grande variété d’espèces présentes lors de cette station avec une quinzaine de mises à l’eau. Des grandes larves de poissons, de nombreux crustacés qui sacrent l’arrivée du printemps. Il y a donc bien quelque chose dans l’air, dans l’eau !

C’est l’explosion de la vie qui commence et le phytoplancton en constitue les premiers bourgeons.

Et comme le disait Chris, le ton léger, en fin d’après midi « Love is in the air ! »

Vincent Hilaire