Les eddies : petits cousins des gyres

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10 mai 2010

Les eddies : petits cousins des gyres

Cette nuit les courbes de la Réunion nous sont apparues ! Silhouettes massives des montagnes dans la nuit noire et lumières des habitations au ras de l’eau… Patience ! Il faut attendre encore un peu avant de découvrir l’île en pleine lumière et pouvoir y poser le pied.

Nous filons actuellement, le vent dans le dos, les voiles étalées en ciseau, en direction de notre deuxième point de prélèvement de plancton depuis notre départ de l’île Maurice.

Colomban de Vargas, spécialiste des écosystèmes planctoniques au laboratoire CNRS de Roscoff a rejoint Tara pour la 3ème fois en qualité de chef scientifique. Il a défini deux points d’échantillonnage qui correspondent à des « eddies ». Ce mot anglais désigne de petits tourbillons temporaires qui se forment à la limite de grands courants marins. « Il y a les gyres, qui sont de gros tourbillons, des structures océanographiques assez stables qui durent des années, ou une saison entière… et les eddies qui sont bien plus volatiles » compare Colomban.
Un important courant marin descend le long de la côte est de Madagascar en formant une rétroflexion vers le sud. De petits tourbillons sont expulsés de ce flux d’eau au niveau du plateau des Mascareignes où nous nous trouvons actuellement… une dizaine selon nos cartes satellites.
« Concrètement, ce sont des colonnes d’eau qui ont des salinités, des densités et des taux de chlorophylle différents de la masse d’eau dans laquelle se trouvent ces eddies » précise Colomban. « Nous allons donc échantillonner au cœur de deux eddies cette semaine ».

Pour essayer d’alléger un peu la tâche de l’équipe scientifique (16 heures de prélèvement non-stop !), les stations ont été découpées en 2 parties. Nous arrivons la veille au soir sur les lieux de prélèvement et les scientifiques mettent en œuvre les filets de nuit pour capturer les migrations nocturnes de zooplancton. Ils vont ensuite se coucher pour une courte nuit de sommeil et reprennent le lendemain matin la suite des opérations : pompage, bouteilles de prélèvement d’eau à différentes profondeurs et filtration.

Mission accomplie pour le premier eddy, au nord-est de la Réunion…  avec une étonnante mesure : la profondeur où la chlorophylle était maximum atteignait 120 mètres ! Un record depuis le départ de l’expédition. « Il doit y avoir à cet endroit des colonies de plancton qui n’aiment pas la lumière trop forte de ces latitudes. L’océan est très clair, et les rayons solaires peuvent pénétrer jusqu’à d’importantes profondeurs ».

Ce soir nous allons tenter de localiser le cœur d’un autre tourbillon, au sud-est de l’île, où le taux de chlorophylle en surface est plus élevé.
Encore quelques heures de courage, vaillants scientifiques, et nous pourrons retrouver nos esprits et nos forces sur la terre promise de la Réunion !

Sacha Bollet