Les robinsons du nouvel an

© F.Aurat/Tara Expeditions

1 janvier 2012

Les robinsons du nouvel an

Cette nuit du 31 décembre 2011, Tara file à toute allure sur les flots. La mer d’huile qui nous a bercé sur le Pacifique Nord a laissé la place à un océan Atlantique bien plus remuant. Dans le grand carré, la fête pourrait pourtant ressembler à n’importe quel réveillon à terre. Une gigantesque dinde aux marrons sort du four pour remplir les quinze estomacs présents. Les boîtes de chocolat du monde entier, apportés par les nouveaux venus à bord, passent de main en main. Seules les assiettes dansant sur la table au rythme du roulis nous empêchent d’oublier que nous sommes en pleine mer. Pour attendre le décompte de minuit, un concours de cravates (faites avec les moyens du bord) a été organisé. Entre rires, chants et danses, la soirée permet à tous de faire plus ample connaissance. Tara, semblant ignorer la fête qui se déroule sur son dos, continue de son côté à fendre les vagues consciencieusement, toutes voiles dehors. Portés par un bon vent, nous prenons de l’avance sur le programme de ce début de leg.

Il n’en fallait pas plus à Loïc pour profiter de ces quelques heures d’avance pour nous proposer une escale le lendemain, histoire de profiter pleinement de ce dimanche un peu spécial avant les prochaines dures journées de travail. En ce premier jour de 2012, notre route croise par un heureux hasard un archipel de petites îles désertes, au large du Honduras : Arrecife de la Media Luna (« le récif de la demi-lune ») nous apparaît en début d’après-midi. L’équipage se charge alors de manœuvrer entre les îlots et les récifs pour poser Tara au mouillage au large d’une de ces îles. Drôle de coïncidence : cette dernière porte le nom de « Savanna », à une lettre près la destination finale de cette étape à bord (Savannah en Géorgie).

Entouré d’eaux turquoise, le petit bout de terre d’à peine quelques dizaines de mètres de long semble n’attendre que notre visite. Nous débarquons alors sur une petite plage de sable doré par le soleil, tombant nez à nez sur quelques cabanes délabrées, asiles oubliés de pécheurs. Cette île, qu’aucun d’entre nous ne connaissait même de nom il y a encore quelques heures, est devenu notre territoire de robinsons. Passé les planches des cabanes malmenées par l’océan, nous longeons la plage sous quelques cocotiers, avant de s’enfoncer dans une petite forêt de palétuviers. Au-dessus de nos têtes, frégates, pélicans et aigrettes se disputent le droit de nous crier leur mécontentement. En dix minutes, nous avons fait le tour avant de se décider à aller jeter un œil sur les fonds marins. À quelques mètres du rivage, un simple masque nous dévoile poissons-perroquets, balistes multicolores et raies planant autour des coraux. Enfin, le soleil décide de se coucher à l’horizon, comme pour clore les réjouissances. Pas de doute, 2012 ne pouvait pas mieux commencer… Bonne année !

Yann Chavance