Les scientifiques sur le pont

©

2 décembre 2011

Durant toute la journée, une effervescence particulière a animé le pont et les laboratoires embarqués. Moteurs coupés, Tara immobile sur l’océan, un drôle de ballet se mettait en place sous l’œil intrigué des oiseaux de mer tournant autour du bateau. Enfin, la première station de la nouvelle équipe scientifique avait commencé.

Après l’annulation d’une première station, certains commençaient à s’impatienter. En guise de préparation, Tara faisait régulièrement ces derniers jours quelques courtes haltes, le temps de plonger l’ensemble des instruments de mesure (la fameuse « rosette »). Au fil des remontées, les scientifiques avaient ainsi pu commencer à établir un profil des différentes couches de l’océan sur notre trajet.

Pour Denis et les autres scientifiques embarqués, ces données sont plus que précieuses : « Avec ces relevés, on a pu définir à quelles profondeurs on allait pouvoir faire les relevés les plus intéressants, notamment où se situe la zone minimum en oxygène ». Car c’est surtout cette épaisse couche où l’oxygène se fait rare qui a poussé les scientifiques à se pencher sur ce coin du Pacifique Nord : sous la coque de Tara ce matin, passé une centaine de mètres de profondeur, s’étalait une immense zone quasiment privée d’oxygène. « C’est forcément intéressant d’étudier ces zones si particulières, reprend Denis. On espère trouver des choses que l’on ne voit pas ailleurs, pourquoi pas même de nouvelles espèces, adaptées à ces conditions extrêmes. »

Rien d’étonnant donc qu’à huit heures ce matin, tout le monde soit déjà sur le pont, prêt à se lancer dans une journée de travail bien remplie. Après une première plongée de la rosette, emmagasinant en continu une foule de données de la surface jusqu’à 1 000 mètres de profondeur, les premiers résultats tombent : la couche recherchée est belle est bien sous nos pieds. Se penchant sur les précieux graphiques fournis par la rosette, Denis commente : « Ici, la sonde annonce zéro comme taux d’oxygène ! Il ne s’agit même pas de taux faibles, mais bien d’un milieu anoxique, c’est-à-dire quasiment dépourvu d’oxygène. On voit aussi que cette couche est très épaisse, mais aussi très haute, pointant à peine à 100 mètres sous la surface ».

Mais le travail des scientifiques à bord ne se limite pas à déterminer les caractéristiques de cette couche si particulière, le but étant également d’étudier les organismes y évoluant. Ainsi, durant toute la journée, une armada d’appareils de prélèvements sont mis en service les uns après les autres. Filets filtrants, pompes, bouteilles fixées à la rosette, les échantillons s’accumulent peu à peu sur le pont arrière. Une foule de petites mains s’affaire alors à trier, classer, ranger, conditionner les précieux prélèvements.

Peu à peu, chacun trouve ses marques, apprend de nouveaux gestes qui deviendront bientôt naturels, le tout sous un soleil de plomb. À la fin de la journée, même les plus rodés à l’exercice s’avouent fourbus par l’exercice. « Ça a été une grosse journée ! résume Noan, un habitué de Tara. Pour une première station, il faut tout remettre en route, vérifier que tout le monde fait ce qu’il faut, retrouver les automatismes. Surtout qu’il va bientôt falloir remettre ça pour la station longue qui arrive. Ce sera un vrai challenge ! ». Heureusement, le capitaine avait prévu ce soir-là une petite surprise pour l’équipe méritante, histoire de fêter dignement cette première station si rondement menée.

Yann Chavance