Log de Longyearbyen (Spitzberg)

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8 avril 2007

Log de Longyearbyen (Spitzberg)

Il n’y a pas d’expédition sans attente. Ces moments de vacuité où le temps suspendu oblige à la modestie et la patience.

Tara n’aura pas dérogé à la règle. Voici l’équipe en charge de la relève encalminée depuis quelques jours au Spitzberg.
La relève est différée. Cette opération prévue de longue date a pourtant fait l’objet tout l’hiver dernier de minutieux préparatifs.

Temps un. Un avion parti de Russie chargé de vingt tonnes de carburant et de matériel aurait dû parachuter sa cargaison près de Tara afin de permette l’équipage de tracer sur la glace une piste d’atterrissage.
Temps deux. Les 2 et 3 Avril les équipes chargées de la relève se sont envolées de France pour Longyearbyen au Spitzberg le pays des ours blancs et du charbon.
Temps trois. Après une pause de deux jours dans les lumières minérales du grand Nord, la relève aurait dû partir pour Tara à bord du DC3 de Borek Air venu tout exprès du Canada et atterrissait sur la glace.

Des complications administratives de dernières minutes en Russie sont venus perturber ce bel ordonnancement.
Autour de la goélette l’équipage s’éreinte depuis plusieurs jours à tracer la piste sur une glace rétive et tourmentée. Au Spitzberg l’équipe venue de France attend.
A quoi occuper son temps quand on attend et que tout un chacun espère partir très bientôt ?
Le Spitzberg est une île belle et glacée. C’est la terre des ours blancs. Longyearbyen est une ville minière imaginée au début du siècle dernier par Monsieur Longyear venu y exploiter le charbon et qui lui donna son nom.
Il y a 20 ans l’extraction du charbon a décliné et l’île s’est ouverte au tourisme. Il y a des hôtels, un musée de la mine, des bars et des boutiques de vêtements de sports. Située au dessus du cercle polaire sur 78°13 Longyearbyen connaît en Avril des jours d’une longueur exceptionnelle, les nuits y sont courtes et à peine grises. La température changeante oscille entre – 10° et – 20°. Parfois le ciel est bleu, le temps calme et le paysage alentour miroite. D’autres fois, les vents soulèvent des tourbillons de neige dans une atmosphère irréelle et laiteuse et parfois encore lorsque le vent a cessé que la température après avoir monté a baissé soudain le fjord fume et se couvre d’une brume bleutée.
Jeudi et Vendredi de Pâques tout s’arrête. La ville se vide. Les habitants partis sur leurs motos neige chargées de vivre et de bois séjournent dans les petites cabanes situées au bord du fjord. En ville les touristes déambulent dans la grand-rue, visitent les mines de charbon que l’on n’exploite plus et les élevages de chiens de traîneau. Ils marchent aussi dans les environs. Emmitouflés dans leurs tenues multicolores ils s’habituent au froid et attendent. Ils se racontent aussi en frissonnant des histoires d’ours, des histoires de rencontres avec des ours blancs car à Longyearbyen on ne part pas se promener sans emporter son fusil et des panneaux au bord de la route vers l’aéroport invite à se méfier. La rencontre avec l’ours est toujours possible. Conséquence logique, à l’entrée de l’unique banque de Longyearbyen un autre panneau rappelle à chacun que l’on ne rentre pas dans une banque avec son fusil. Et tout aussi conséquemment un autre écriteau à l’entrée du super marché de Longyearbyen souligne qu’il est défendu d’y rentrer avec son animal de compagnie et invite donc à laisser son ours dehors.
Ours blanc barré d’un trait rouge.
Pendant se temps l’équipe Tara s’affaire. Dernières courses. Derniers colis. Points réguliers autour de Romain qui pilote la logistique. L’équipe cinéma tourne. Les repas sont pris en commun, les chambres partagées. Il y a bien sûr beaucoup de bonne humeur, des rires partagées et la conviction chevillée à l’âme que très vite … Très vite sera le jour de la relève. Le DC3 orange de Borek Air venu tout droit du Canada chargera la relève et s’envolera pour Tara.

François Sicard