Loin des yeux, près du cœur

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20 avril 2011

Loin des yeux, près du cœur

L’appel de la mer ou la passion de la science, quelque soit le motif qui a guidé les membres de l’équipage à embarquer sur Tara, tous ont quitté maison, famille et amis pour s’aventurer sur les océans du globe. Certes la durée du voyage et les risques sont moindres, comparés aux explorations des siècles précédents mais il n’en demeure pas moins que chaque départ provoque un petit pincement au cœur, que ce soit pour celui qui part, comme pour ceux qui restent à terre. Heureusement de nos jours les moyens de communication modernes et tout particulièrement les mails permettent à l’équipage de garder un contact avec leurs proches même en plein Pacifique Sud.

Père d’une petite fille de cinq mois, Vincent, scientifique à bord, reçoit presque chaque jour une photo de son enfant. « La petite grandit tellement vite ! Heureusement, je peux communiquer par mail avec ma femme, mais ça ne remplace quand même pas le téléphone, pour cela je vais devoir attendre l’escale à Guayaquil.» De Tara, les appels téléphoniques coutent très chers, ils sont donc réservés aux occasions exceptionnelles. La dernière fois que François, chef de pont, a téléphoné du bateau, c’était pour souhaiter l’anniversaire de ses jumeaux. « Le reste du temps, je leur donne des nouvelles par mail, et je leur envoie des photos de surfeurs que je prends au fil du voyage. Ils adorent ce sport. » Céline, notre cuisinière, a parfois une utilisation plus pratique de ce mode de communication moderne. « Il y a quelques jours, j’ai découvert dans les coffres que j’avais tous les ingrédients pour faire un tiramisu alors j’ai écrit à un ami italien pour lui demander la recette. »  Mais la palme d’or des échanges est décernée sur cette étape entre l’île de Pâques et Guayaquil, à notre chef mécanicien. Daniel Cron se marie en septembre, alors par mail il participe à toute l’organisation de ce grand événement : menu, liste des invités…

Et puis quel que soit l’âge des équipiers, il y a le traditionnel message pour rassurer les mères plus ou moins inquiètes. « J’essaye d’écrire une fois par semaine à ma mère, mais je sais qu’elle visite chaque jour le site Internet de Tara pour prendre de mes nouvelles. » confie Stéphane, le chef de mission.
 
Il est amusant de penser que sur terre, via le site Internet, les proches se sont familiarisés avec les membres de l’équipage sans les rencontrer. Inversement à bord de la goélette, chacun dévoile peu à peu sa vie à terre. Les disques durs ont remplacé les albums photos, mais peu importe, chacun a emporté dans ses bagages quelques images souvenirs. Photos de vacances entre amis, vidéo d’un stage de voile aux Glénan, sur l’écran d’ordinateur de Baptiste, le second capitaine, des bouts de sa vie défilent sous les regards des curieux. Certains soirs, les scientifiques présentent aussi leur travail à terre. La plupart des powerpoints s’achèvent par des photos personnelles : enfants, maison, paysage…

Si l’entourage manque souvent aux membres de l’équipage, certains confessent que d’autres éléments du quotidien leurs font défaut. En première position, marins et scientifiques ressentent un manque d’activité physique. Pour Sarah, ingénieur océanographe, les mises à l’eau de la rosette ne suffisent pas à se dépenser, alors à chaque escale elle chausse ses baskets pour aller courir un peu. Loïc, le capitaine aficionado d’escalade, doit se contenter de grimper aux haubans pour installer les nouveaux pavillons des pays traversés. Dans un tout autre registre, Baptiste rêve en « bon Breton » de sa traditionnelle galette saucisse du samedi midi.

Et puis dans cette grande maison familiale qu’est Tara, certains souhaiteraient parfois pouvoir s’isoler un peu. Sur la goélette, la mission est ardue. Mais cette vie collective et ces agréables moments partagés ne sont-ils pas le meilleur antidote contre la nostalgie du pays ?

Anna Deniaud