Manipulation de la CTD

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29 janvier 2007

La CTD (Conductivité, température, densité.) enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan.

Tara continue sa lente remontée vers le pôle poussé par le vent du sud. À l’extérieur -35° avec un blizzard qui souffle en rafales. L’équipe de CDT se relaie à tour de rôle pour contrôler la descente et la remontée du câble à l’extrémité duquel se trouvent soit une sonde CTD (c’est à dire qui enregistre des données pour mesurer la température et le degré de salinité des couches d’eau qui constituent l’océan). Dans le carré, au cœur de la baleine,  les communications VHF fusent de la cale arrière où se trouve le treuil piloté par Nico ou Hervé.

Ces communications sont destinées à l’autre équipe à poste dehors, à l’arrière du bateau. Devant un trou dans la glace de 1m sur 2, on surveille le bon fonctionnement du treuil au bout duquel est fixé la sonde qui s’enfonce dans l’océan à la vitesse de un mètre par seconde et qui enregistre les données à l’aide de capteurs électroniques. « 1500m !  …–1500m, bien reçu ! » est répété comme un écho dans la VHF par le gardien du câble qui se refroidit sur la banquise tandis que dans la cale arrière dans le vacarme du groupe électrogène, le casque sur les oreilles, Nicolas dirige la manœuvre. La profondeur de sondage a été définie par Matthieu avant le début du sondage avec un autre sondeur de bathymétrie acoustique qui indique précisément le fond de l’océan.

Ce sondeur relié à un câble électrique est pratiquement en permanence immergé dans l’eau, attaché à un bout, sauf quand la banquise se met à bouger. Il peut indiquer le passage des bancs de poissons et le frasil qui est une zone de petites formations de glace que l’on peut rencontrer dans les couches supérieures de l’océan. « Sonde en vue ! » indique Matthieu dans la vhf, Nicolas aux commandes du treuil ralenti puis stoppe l’enroulement lorsque Matthieu lui indique qu’il a retiré la sonde de l’eau.

Une fois sortie de l’eau, la sonde est ramenée à bord pour éviter le gel et là, Matthieu la nettoie et télécharge les données récoltées dans un ordinateur.
Les données recueillies sont envoyées dans la foulée par email aux scientifiques des différents laboratoires de DAMOCLES ; Les opérations CTD ont lieu entre 3 et 4 fois par semaine dans la mesure où la banquise est stable.

Chaque semaine, on effectue également un prélèvement d’eau à différents niveaux de profondeur grâce aux bouteilles de Nansen équipées d’un système de clapets permettant de récolter des échantillons d’eau à des profondeurs établies. L’eau de ces bouteilles faites de bronze, à la conception inchangée depuis plus de 100 ans, est recueillie dans de petits flacons plastique dûment répertoriées et datées par Matthieu qui conserve ces précieux échantillons pour le laboratoire.

Une opération CTD peut durer entre 2 à 4 heures selon la profondeur et si elle est suivie d’une opération bouteilles de Nansen. Nous nous relayons pour surveiller le câble à l’extérieur et quand le vent souffle ou que le froid dépasse les –30° ; c’est parfois difficile de tenir. Dans ce cas, nous nous remplaçons plus fréquemment.
L’autre difficulté est d’entretenir les trous dans la glace qui ne cessent de se refermer. Nous devons avoir accès en permanence à l’eau de mer pour, soit récupérer les sondes (en urgence au cas où la banquise se brise), soit continuer les sondages. Il faut souvent de servir de la tronçonneuse pour ouvrir la glace quand les températures sont vraiment basses autrement, le pic à glace suffit pour briser la couche qui est alors moins épaisse.

La nuit succède à la nuit et les sondages aux sondages.

Bruno