De retour en Méditerranée, Tara traque la pollution des fleuves

© François Aurat / Fondation Tara Océan

5 septembre 2019

Tara est de retour pour étudier le plastique en Méditerranée ! L’intérêt de la Fondation Tara Océan pour le plastique n’est pas nouvelle, et elle est pleinement justifiée. Le problème est devenu si important que l’on parle désormais volontiers de « continent » pour qualifier les milliards de fragments de plastique disséminés dans les océans. Cinq ans après sa première expédition entièrement dédiée à la pollution en mer, les recherches se poursuivent. Non, on ne sait pas tout du comportement du plastique et de son impact sur la biodiversité marine.

2014 : évaluer le stock de plastique et étudier sa relation avec le vivant

Voilà déjà presque dix ans que les scientifiques de Tara s’intéressent au problème du plastique en mer : après avoir constaté que ce dernier se trouvait absolument partout, l’expédition Tara Méditerranée en 2014 a permis de révéler que les microplastiques y sont quatre fois plus concentrés que dans le gyre du Pacifique Nord. Les scientifiques ont également étudié la vie associée à ces minuscules fragments.

Aujourd’hui, ils définissent volontiers le plastique comme « un nouvel écosystème », car « des microorganismes minoritaires dans la colonne d’eau ont trouvé un nouvel habitat, où ils se sentent particulièrement bien et donc prolifèrent », explique Jean-François Ghiglione, écotoxicologue au CNRS et directeur scientifique de la nouvelle Mission microplastiques 2019.

2019_07_28_Hoedic_Huitre-plastique©Lucas_Blijdorp_Fondation_Tara_OceanMorceau de polystyrène retrouvé dans une huître © Lucas Blijdorp / Fondation Tara Océan

2019 : étudier les flux de plastique pour lutter contre leur dispersion

Forte de ces premiers travaux de quantification et de qualification des microplastiques en Méditerranée, la goélette est de retour dans cette mer semi-fermée si particulière. Elle navigue en mer bien sûr, mais surtout, elle remonte trois grands fleuves prenant leur source en Espagne (Èbre), en Italie (Tibre) et en France (Rhône), mais ayant tous pour destination finale la Méditerranée. La nouvelle Mission microplastiques 2019 de la Fondation Tara Océan est motivée par le fait que 80 % du plastique en mer provient des continents et que les microplastiques représentent 60 à 80 % du plastique présent dans les fleuves.

DCIM101MEDIADJI_0007.JPGPrélèvement de microorganismes et microplastiques dans l’Èbre (Espagne) avec un filet Manta © François Aurat / Fondation Tara Océan

Étant donné la gravité du problème et l’état balbutiant des travaux sur le sujet, l’urgence est d’autant plus pressante. « Le problème du plastique n’a aucune solution en mer. Ce qu’il faut à présent, c’est comprendre les sources que sont les fleuves et caractériser l’originalité de chacun d’entre eux », ajoute Jean-François Ghiglione.

Les scientifiques impliqués dans la mission effectuent des prélèvements d’eau, de microplastiques et de plancton, en mer, dans les estuaires, ainsi qu’à différents endroits stratégiques des fleuves pour évaluer l’impact des grandes villes.

« Nous allons également nous intéresser aux microorganismes vivant sur ces déchets, ainsi qu’à d’autres organismes comme les moules, les huîtres, les oursins et les bars afin de comprendre la bioaccumulation des polluants attachés aux plastiques ». À ces mesures viendra se greffer une modélisation à l’échelle du bassin méditerranéen, permettant de décrire et de comparer les influences de ces trois fleuves sur les apports de plastique en Méditerranée.

Margaux Gaubert, journaliste

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