Métamorphose réussie de la goélette d’expédition polaire Tara, en navire océanographique dans les chantiers navals de Lorient

© F.Latreille/Tara Expéditions

19 août 2009

Métamorphose réussie de la goélette d’expédition polaire Tara, en navire océanographique dans les chantiers navals de Lorient

Depuis le 23 février 2008,  retour de la mission Tara-Damoclès qui aura duré 507 jours en Arctique, le voilier Tara a été entièrement inspecté, rénové, transformé en navire d’expédition océanographique dans les chantiers de la base de sous-marins de Lorient-Keroman. Une rénovation vitale pour affronter les mers et assurer cette nouvelle mission scientifique de 3 ans sur tous les océans de la planète. Port de rattachement de Tara, Lorient  dont l’agglomération est à nouveau partenaire de cette nouvelle expédition, sera aussi le point de départ de cette aventure le 5 septembre prochain.

Un navire polaire, devenu navire océanographique

Dédié à l’observation de l’environnement Arctique et adapté aux expéditions extrêmes (nuit, froid, structures devant résister aux forces de la banquise) pour endurer 507 jours de dérive glaciaire, Tara a du subir de nombreuses rénovations et d’importantes transformations pour devenir un bateau océanographique fin prêt à repartir pour 3 ans d’expédition sur tous les océans du globe. Le navire va ainsi accueillir un équipage de 14 personnes et endurer 150 000 km de navigation ponctuée par 60 escales. Quotidiennement, 20 expériences y seront menées à bord, sachant que le rythme du navire se partagera entre 8 heures de prélèvement en stationnaire et 40 heures de navigation.

Sitôt rentré à Lorient en février 2008, Tara a été mis au sec sur l’aire de réparation navale de Keroman pour subir de multiples tests, mais aussi les nécessaires rénovations et adaptations demandées par les scientifiques. Le choix de Lorient comme port de rattachement a été stratégique : dans un rayon de 50 km se trouvent 70 % des entreprises nautiques bretonnes: accastillage, voilerie, électronique, gréements, mâts, sécurité… au service du pôle course au large d’envergure européenne de Lorient.

110 tonnes soulevées aisément

Pour accueillir une rénovation faisant appel à des corps de métiers multiples, le pôle course au large s’est associé au port de pêche afin d’offrir une synergie de compétences et d’infrastructures : élévateur, bassins, pontons…
Ainsi, grâce a la capacité de l’élévateur à bateaux de 650 tonnes installé au port de pêche de Lorient (l’un des premiers d’Europe) les 130 tonnes de Tara ont pu aisément être sorties de l’eau.
Une fois au sec, le voilier en aluminium a été passé au crible notamment par le Bureau Véritas : mâture rigoureusement vérifiée, structures du portique arrière renforcées pour réaliser des sondages océanographique jusqu’à 2 000 m de profondeur !
Relativement petite comparée aux navires de campagnes océanographiques traditionnels, la goélette d’expédition Tara bénéficie d’une  meilleure manœuvrabilité et d’une rapidité de réaction adaptée à des conditions de prélèvements difficiles.

Un réseau d’entreprises et de savoir faire
Un an avant la transformation du bateau, l’équipe Tara avait pris des contacts avec les entreprises locales pour évaluer les modifications à apporter et élaborer le complexe planning des travaux, jonglant entre ce qui pouvait être réalisé par l’équipage et ce qui devait être effectué par des entreprises très spécialisées telles Timolor dont les soudeurs experts sont intervenus sur toutes les modifications majeures. Un véritable chantier fourmilière durant lequel une bonne vingtaine d’ouvriers se croisaient chaque jour.
Agée de 20 ans, fatiguée par 3 ans d’expéditions et des températures à -40°C,  la goélette n’était pas non plus à l’abri d’une réparation non programmée. « Il y a toujours des aléas au cours d’un chantier si important, pour Tara cela aura été les cuves, explique Hervé Bourmaud capitaine de Tara. Leur état de corrosion très avancé a nécessité le changement total des tôles après avis d’Erwan Bertic, chef de chantier de Timolor ». Une réactivité bien apprécié par le capitaine de Tara.

Une adaptation aux mers chaudes

Ce voyage unique des atolls coralliens tropicaux à l’Antarctique, des isthmes moyen-orientaux au passage du nord ouest implique une métamorphose totale du bateau.
« Un des plus gros soucis auquel nous allons être confronté lors de la première année d’expédition, va être la lutte contre la chaleur avec entre autres, le passage de la mer Rouge (eau 30°C, air 50°C), Hervé Bourmaud. Il nous a donc fallu trouver des systèmes pour forcer la circulation de l’air ou réduire l’effet de serre des grands plexi du carré par la pose de bâche isolante afin de conserver une température acceptable à bord, d’autant qu’un nombre important d’appareils scientifiques est sensible à la chaleur ». Après avoir enlevé l’ancienne isolation tout en préservant les nombreux câbles, la société Breizh Isolation a ainsi sculpté avec précision des plaques d’isolation sur les parois de la salle des machines et de l’atelier. Dernier cri, cette nouvelle isolation a gagné en épaisseur grâce aux nouveaux matériaux.
Des aérateurs amovibles en tissu ont également été réalisés par l’association d’aide à l’insertion par le travail Dé à coudre de Lorient. Faire appel aux matériaux énergétiquement performants ou à des structures favorisant la cohésion sociale, Une démarche durable en cohérence avec la mission scientifique et environnementale de Tara.

Des laboratoires pour étudier le plancton

Afin d’explorer en continu l’ensemble des océans grâce à des méthodes de collectes ou d’observations innovantes et multidisciplinaires (océanographes, écologistes, biologistes, généticiens, physiciens seront invités à bord…), le voilier Tara a dû être transformé pour embarquer les technologies les plus avancées : appareils inédits pour explorer la diversité des formes et des génomes océaniques, instruments de prélèvement, de classement de mesures sous-marines. Une telle sophistication d’instruments embarqués que Tara a fait appel au chantier FR Nautisme de Lorient, pour réaliser les murs de ce laboratoire humide installé sur le pont qui stockera aussi dans des congélateurs des échantillons récoltés lors des sondages (environ 3 m3 par mois). « L’enjeu était de faire léger pour la stabilité du bateau et nous nous sommes donc tournés vers cette société réputée pour ses constructions de voiliers de course » ajoute le capitaine de Tara. Outre ce savoir-faire spécifique, FR Nautisme a obtenu la marque Vague bleue (engagement dans le stockage, recyclage et l’élimination des déchets dangereux).
La goélette a aussi été équipée d’une plateforme d’imagerie expérimentale et de méta données océanographiques permettant aux scientifiques comme au public, de visionner des êtres invisibles. Toutes ces données pour être analysées devront être envoyées aux laboratoires à terre, une étape primordiale dans laquelle est intervenue l’entreprise Thalos, basée à Ploemeur (spécialisée dans la transmissions de données informatique par satellite) qui s‘est occupé du montage et de la mise en service d’outils de communication (installation et configuration d’un Immersat B et d’un système Iridium) qui va servir aussi à l’envoi de films pour la télévision.

Un partenariat avec Cap l’Orient agglomération fondé sur le développement durable

Parce qu’ils partagent un objectif commun, celui d’oeuvrer en faveur de la protection de l’environnement dans une logique de développement durable et solidaire, Cap l’Orient agglomération et Tara Expéditions ont renouvelé la signature d’une convention triennale faisant de Lorient le port de rattachement de ce bateau hors normes. Cette coopération a commencé lors du festival du film insulaire de Groix en 2005, Etienne Bourgois, Président du Fonds Tara et directeur général d’agnès b., rencontre Cap l’Orient agglomération, alors déjà très investie dans le développement durable et solidaire. Séduit par les infrastructures, il choisit le port de Lorient pour préparer la goélette à l’expédition « Tara Arctic 2007-2008 ». Très vite Cap l’Orient devient partenaire de l’expédition afin de faire partager aux habitants de l’agglomération, et tout particulièrement aux scolaires, cette aventure scientifique et humaine au service de la protection de l’Environnement. Il y a quelques semaines Cap l’Orient agglomération vient de reconduire le partenariat avec Tara pour la prochaine expédition océanique.
Emblème de la voile moderne vitrine de ce savoir-faire local, la Cité de la Voile Eric Tabarly accueille depuis le mois de juin, sur son parvis, l’exposition « Tara, voyage au cœur de la machine climatique » consacrée à l’expédition scientifique en Arctique de Tara dont Cap l’Orient agglomération était déjà partenaire. Cette exposition est intégrée à la visite de la Cité de la Voile jusqu’au 7 septembre
Flambant neuf, reconditionné pour cinq ans, Tara a trôné tout l’été sur les pontons de la Cité de la Voile Eric Tabarly, à quelques pas du chantier, attendant un départ imminent qui sera donné depuis Lorient, le 5 septembre prochain. L’occasion pour Cap l’Orient et l’équipe Tara de préparer deux jours de fête les 4 et 5 septembre sur le site de la base de sous-marins.