Noëlie Pansiot, correspondante de bord à la relève

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22 novembre 2017

Après 39 heures de voyage pour rallier Paris à Kimbe Bay, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, l’expression populaire « ça se mérite » prend tout son sens. Samuel Audrain, Capitaine entrant, Marion Lauters, Marin-cuisinière et Daniel Cron, Chef de pont seront sans doute d’accord. A nous 4, nous formons la relève des Taranautes et nous venons de traverser le globe en avion pour relayer les équipiers sortants. Voici le récit de mon voyage.

 

Après un départ quelque peu tumultueux, un vendredi soir à 18h30, lors d’une soirée de match de foot qui peut rendre le nord de Paris aussi embouteillé qu’un carrefour du Caire en pleine journée, j’ai attrapé un premier vol Paris-Dubaï. Ce n’est qu’une fois assise dans l’avion N°1, un Airbus A380, que je prends toute la mesure du périple qui m’attend : 4 vols et près de 15 000 km à parcourir. Je songe déjà aux trois mois de mission à venir, à la découverte du fameux Triangle de corail, l’épicentre de la biodiversité marine de la planète. Certains scientifiques murmurent que c’est là-bas que tout aurait commencé. Les coraux se seraient peut-être propagés sur la planète à partir de ce lieu…

La liste des sujets potentiels à traiter par écrit ou vidéo défile dans ma tête. Le premier qui me vient à l’esprit se révèle largement inspiré par le nombre de déchets à usage unique distribués dans l’avion. Je pense aux chiffres qui figureront dans un prochain article dédié à la pollution plastique. J’ai beau tendre mon gobelet pour le faire remplir, les hôtesses me le remplacent quasi systématiquement par un autre, déjà plein. Et lorsque, mue par mon instinct écologique, je pose la question du recyclage, on me fait les gros yeux en mimant non de la tête.

 

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Noëlie Pansiot, correspondante de bord, fera de nouveau partie de l’équipage jusqu’aux Philippines - © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Paris – Dubaï – Brisbane – Port-Moresby – Kimbe Bay. Trois avions plus tard et X gobelets en plastiques au compteur, me voici à la sortie de l’aéroport international de Port Moresby, capitale de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Une chaleur humide m’enveloppe et j’avance, sourire aux lèvres, vers l’aérogare domestique pour un dernier vol. Direction Kimbe Bay, dans la province de Nouvelle-Bretagne située sur la plus grande île de l’archipel Bismarck. Cette large baie figure parmi les sites majeurs du Triangle de corail, elle abriterait 60% des espèces présentes dans la zone Indopacifique.

L’avion N°4, opéré par l’unique compagnie locale contient seulement 36 places. Je m’installe côté hublot pensant naïvement profiter de la vue au décollage. Je scrute l’intérieur du « coucou » qui semble déjà avoir dépassé son quota d’heures de vol. La fatigue aura raison de mon inquiétude…

Une heure plus tard, une main se pose sur mon épaule et me tire doucement de mon sommeil. Ma voisine m’explique : « Nous devons changer d’avion, celui-ci à un problème technique. » L’appareil n’a pas bougé d’un centimètre.

 
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Kimbe Bay, lieu de destination de notre correspondante de bord, Noëlie, qui embarque à bord de Tara pour 3 mois - © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Je reprends mes esprits, rassemble mes affaires et me dirige vers l’avion N°4 Bis. Regina, 50 ans, s’installe à mes côtés et se confesse : « J’ai prié Dieu pour que l’on change d’avion. Il m’a exaucée ! » Je la remercie. Avoir parcouru tout ce chemin pour ne rien voir du territoire Papou aurait été désobligeant. La discussion se poursuit. La charmante institutrice m’explique que nous ne sommes plus très loin de l’aéroport d’Hoskins : « Lorsque nous survolerons une grande étendue de palmiers à huile, nous serons arrivés. »

Derrière mon hublot, les rangées de palmiers ont remplacé une épaisse forêt. Nous atterrissons sans encombre. Paris n’est plus qu’un vieux souvenir… Dans quelques heures les deux mâts de la goélette se dresseront devant moi, dans une baie du bout du monde. Et je retrouverai quasiment le même équipage que j’avais laissé il y a un peu plus de 4 mois aux îles Fidji. Mais avant le temps des retrouvailles vient celui du repos.

 

Noëlie Pansiot

 

 

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