Passage du Cap Horn

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28 janvier 2011

Passage du Cap Horn

D’abord une masse sombre dans un ciel gris. Un promontoire au dessus de l’océan.  C’est la fin de l’après-midi sur Tara, et nous sommes à une trentaine de miles nautiques du mythe. Peu à peu, alors que nous avançons à plus de huit nœuds, la côte chilienne se découvre autour du Horn. Une armée de falaises, de rochers, de monts, de pics sous les ordres du maître de ces lieux.

Premiers clichés pris du bord, entre deux gouttes de pluie, un peu à la sauvette. Mais on est encore un peu loin.

Après le dîner, le maître se fait plus imposant encore et on commence à distinguer un phare à sa droite. Un éclat blanc toutes les dix secondes. Pensez que des milliers de navires à voile et à moteur ont croisé ici sous ces falaises, bataillant quelquefois pendant des jours contre le courant pour passer la pointe la plus sud du monde, me permet d’apprécier encore plus l’instant. Avec Tara nous allons ce soir exactement où nous voulons. Ce n’est pas le géant de pierre qui dicte sa loi aujourd’hui.

Comme le veut la tradition, pour être cap-hornier il faut passer la ligne du cap d’Ouest en Est, ou le contraire. Bref de l’océan Atlantique vers le Pacifique ou vice versa. Comme notre route de retour vers Puerto Williams nous conduit vers l’Est, nous le passerons donc d’Ouest en Est.

Presque minuit, nous sommes à peut-être cinq cent mètres du lieu que tous les marins du monde redoutent et vénèrent à la fois. Une bouteille de champagne est sortie pour l’occasion. Comme ces images qu’on voit lors du Vendée Globe ou du Trophée Jules Verne, quelques bulles pétillent dans des verres, pour marquer le coup. On prend la traditionnelle photo avec le Horn en second plan.
Je suis particulièrement ému car je réalise un nouveau rêve. Sans me comparer aux marins d’autrefois pour qui ce passage se méritait quelquefois de hautes luttes, peut-être au péril de leurs vies dans certaines tempêtes, je savoure cet instant.
Passer pour la première fois le Horn c’est une porte d’entrée dans l’histoire maritime, et aussi dans sa propre histoire. Nous sommes portés par la quiétude de Tara qui avance sereinement dans la nuit. Merci Tara. C’est bête, mais c’est comme si ce passage changeait un peu quelque chose alors que nous le faisons sans effort au moteur, du champagne à la main.

Ce matin, le canal Beagle est baigné de lumière, le ciel est bleu. Une magnifique journée  commence. Il est à peine onze heures quand nous arrivons à Puerto Williams, terme de ce leg.
L’impression que ce mois de mission en Antarctique n’a duré que quelques jours se renforcent encore dans les esprits. A Puerto Williams, nous sommes clairement revenus dans un autre monde, la lumière du jour est moins présente toute au long de la journée, mais les températures sont plus élevées. C’est très vert comme un printemps qui éclate.  Sans doute aussi parce que nous n’avons plus vu d’arbres depuis un mois.
Nous repartons d’ici le 2 février pour remonter les canaux de Patagonie jusqu’à Puerto Montt.

Vincent Hilaire