Tara passe la ligne de l’Equateur

© tara.nullschool.net

19 août 2016

Ce jeudi 18 août 2016, à 14:00 UTC, Tara a traversé pour la 9ème fois de son existence la frontière mythique de l’équateur. Un passage dans l’autre hémisphère qui fut, comme le veut la tradition chez les marins, l’occasion de baptiser en grande pompe les néophytes.

Depuis notre départ de Buenaventura quelques jours plus tôt, le sujet revenait de plus en plus fréquemment dans les discussions. L’équateur. “La ligne”, comme on l’appelle en mer. Et surtout, plus que de savoir quand nous franchirions cette frontière, le point central était de recenser les néophytes, ceux qui n’avaient jamais passé la ligne. Evidemment, traverser l’équateur en avion ne compte pas. « Trop facile » entend-on ici. Au final, il y aura six « bizus » – comprendre, ceux qui subiront le baptême de ligne – sur les dix occupants de Tara lors de cette traversée.

Ce rituel de la ligne reste fortement ancré chez les marins, sûrement depuis des siècles. A une époque où passer dans l’autre hémisphère revenait à plonger dans l’inconnu et les dangers de l’océan, baptiser les matelots inexpérimentés permettait de désamorcer les peurs tout en soudant l’équipe. En changeant d’hémisphère, les apprentis rentraient dans le cercle des marins d’expérience, comme on rentre dans une confrérie.

 

Credits Yann Chavance - passage ligne-1Ce jeudi 18 août 2016, tout le monde était réuni en timonerie pour voir le GPS passer à 0°00.000 N, signe du passage de l’équateur. – © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Au fil des siècles, la cérémonie du passage de ligne a évolué, prenant différentes formes selon les bateaux et les corps de métier, tout en gardant certains rites incontournables : la présence de Neptune, le dieu de la mer et des océans, et de sa femme Amphitrite, mais aussi une étape de purification par l’eau de mer. Sur certains navires, la cérémonie dure plusieurs jours, revêtant l’aspect d’un joyeux carnaval pour les anciens et d’une série d’épreuves sapant le corps et l’esprit pour les néophytes. Mais à bord de Tara ce jeudi 18 août, les six baptêmes se seront bien sûr déroulés dans une ambiance bien plus bon enfant.

 

Les six néophytes ont eu le droit, après un rituel soigné, d’obtenir un diplôme attestant de leur premier passage de l’équateur.Les six néophytes ont eu le droit, après un rituel soigné, d’obtenir un diplôme attestant de leur premier passage de l’équateur. -  © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Une fois les « bizus » parqués sur le pont arrière, fermé d’une rubalise symbolisant la ligne à franchir, un Neptune ventru secondé d’une Amphitrite improvisée et d’un bourreau masqué ont mené la cérémonie. Comme pour l’entrée dans une société secrète, le déroulement du baptême de l’équateur se doit de rester confidentiel, hermétique au monde extérieur. Disons simplement que le rite de passage comprendra cette fois, entre autres, du poisson cru, une mixture malodorante à ingérer comme le préconise la tradition et beaucoup d’eau de mer…

 

Fabien Lombard, l’un des six taranautes à passer l’équateur pour la première fois, récupère son diplôme tout en haut du mât.Fabien Lombard, l’un des six taranautes à passer l’équateur pour la première fois, récupère son diplôme tout en haut du mât. – © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

Une fois les nombreuses épreuves passées, les six ex-néophytes n’ont plus eu qu’à récupérer leur diplôme attestant, foi de Neptune, que l’apprenti est devenu loup de mer. Diplôme attendant d’être décroché du haut du mât, 27 mètres au-dessus du pont, afin de clôturer dignement ce rite de passage. Durant les deux ans de cette expédition Tara Pacific, la goélette franchira en tout quatre fois la frontière invisible de l’équateur : le pont de Tara n’a donc pas fini d’accueillir ce joyeux rituel.

Yann Chavance

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