Pitcairn, l’histoire d’une légende

© Yann Chavance / Tara Expeditions Foundation

17 septembre 2016

Alors que Tara a jeté l’ancre pour une petite semaine près du rivage de Ducie Island, dans l’archipel de Pitcairn, chacun à bord savoure la chance unique qui lui est offerte d’être ici : à l’autre bout du monde, dans un archipel de légende, l’un des plus isolés de la planète.

L’archipel de Pitcairn n’avait vraiment rien pour devenir célèbre. Quatre petites îles peu engageantes, bien loin des autres terres – l’archipel le plus à l’est de la Polynésie, les îles Gambier, sont à quelques 500 kilomètres de là –n’offrent que peu de ressources naturelles pour s’installer. Henderson, la plus grande des quatre îles avec ses 36 km2, ne dispose pas de source d’eau douce. Si on trouve de l’eau sur l’île Pitcairn, celle-ci est plus petite et très escarpée, limitant les plantations agricoles. Enfin, les îles Oeno et Ducie ne sont que de petits atolls coralliens émergeant de l’océan, impropres à une installation humaine durable.

 

carte-pitcairn© tara.nullschool.net

 

Malgré ces caractéristiques peu accueillantes, quelques dizaines de polynésiens ont vécu – ou plus vraisemblablement, survécu – sur Henderson et Pitcairn durant plusieurs siècles, grâce à des échanges commerciaux avec les îles Gambier. Lorsque ces derniers traversèrent une grave crise aux alentours du 15ème siècle, la fin des échanges entraîna la chute des petites populations de Pitcairn : ces îles inhospitalières redevinrent désertes. L’histoire aurait pu s’arrêter là et Pitcairn retomber dans l’oubli, mais l’Histoire, avec un H majuscule, en décida autrement.

Tout commença à 2 000 kilomètres de là, en 1788. Après un voyage éreintant – une année entière de navigation depuis l’Angleterre, à 46 marins sur un voilier de 28 mètres de long – la HMS Bounty jette l’ancre à Tahiti. L’équipage y passera cinq mois de détente à profiter des charmes de la Polynésie… et des Polynésiennes. Ainsi, lorsqu’ils furent obligés de retourner à la vie en mer sous les ordres d’un capitaine devenu tyrannique, multipliant les châtiments corporels, plus de la moitié de l’équipage s’éleva et fit éclater une mutinerie.

 

L’équipage se prépare à un apéritif sur le pont pour fêter les premières plongées à Ducie Island sur fond de coucher de soleil.L’équipage se prépare à un apéritif sur le pont pour fêter les premières plongées à Ducie Island sur fond de coucher de soleil. © Yann Chavance / Fondation Tara Expéditions

 

Le capitaine et la vingtaine de marins lui restant fidèles furent jetés dans une chaloupe avec cinq jours de nourriture – ce qui leur permis de rejoindre une terre, tous vivants – et le reste de l’équipage prit le contrôle du navire Bounty. Les mutins, après notamment avoir enlevé une quinzaine de polynésiennes à Tahiti, finirent par se cacher sur l’île Pitcairn : une fois le Bounty incendié pour qu’il ne soit jamais découvert, les marins se retrouvèrent pris au piège sur leur île. Dix ans plus tard, ils s’étaient tant entretués qu’il ne restait plus qu’un homme adulte, 8 femmes et 19 enfants. Aujourd’hui, deux siècles ont passé, et les descendants de ce petit groupe vivent encore sur l’île Pitcairn. Une cinquantaine de personnes seulement, qui composent pourtant l’intégralité des habitants de cet archipel passé à la postérité, un peu malgré lui.

  Yann Chavance

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