Pourquoi la Mer Rouge est-elle rouge ?

©

20 janvier 2010

En général, à moins d’être daltonien, l’acception commune fait de la mer un liquide bleu. Alors pourquoi associer une autre couleur à cette mer là?

Le nom de « Mer rouge » semble venir de l’Antiquité. Déjà les Hébreux de la bible l’appellent Mer d’Edom, ou encore « Mer des Eduméens », Edom signifiant « rouge ». Les turcs également l’appellent depuis longtemps « Kizildeniz » – Kizil désignant également le rouge.

Plusieurs hypothèses circulent quand à l’origine de ce nom. L’hypothèse la plus répandue viendrait de la présence d’une algue qui donnerait périodiquement à l’eau sa couleur. Deux algues pourraient être concernées : la Trichodesmium Erythraeum et l’Oscillatoria Erytrhraeum. Toutes deux sont des cyanobactéries, c’est-à-dire des bactéries qui font de la photosynthèse, un peu à la manière des plantes terrestres : elles récupèrent le CO2 et utilisent la lumière pour en faire de la matière organique.

Dans les deux cas, ces algues microscopiques forment des colonies, rassemblant ainsi suffisamment de matière pour former une masse organique visible à l’œil nu. La première algue, la Trichodesmium, serait à l’origine de couleur bleue et prendrait une teinte rouge-brun à sa mort. La seconde, l’Oscillatoria, possède quand à elle un pigment qui la rend naturellement rouge-brun, sans avoir besoin de mourir pour ça. Elle ne mesure comme sa collègue que quelques micromètres et agglutinée à ses semblables autour d’un centre par des filaments, elle forme un genre de boule de poils qui fait environ un centimètre et forme ensuite des bancs qui changent ainsi la couleur de l’eau telle qu’on la connaît.

Pour s’agglutiner, ces algues choisissent une période de leur cycle de vie que l’on nomme le bloom, ou efflorescence : c’est un phénomène cyclique de prolifération massive dans un laps de temps relativement court. Le phénomène de bloom suppose, pour se produire, que certaines conditions soient réunies : Lumière, température et présence de sels nutritifs en quantité suffisante forment ainsi les conditions nécessaires au bloom, mais je m’explique :

Au printemps les jours rallongent (il y a donc plus de lumière), les températures augmentent, et les eaux sont abondamment chargées en sels nutritifs amenés depuis les différents bassins versants par les pluies hivernales.

Et là, bloom!

Certaines espèces blooment plus tôt que d’autres selon des gradients de conditions qui leurs correspondent. Le bloom se termine par un épuisement des ressources ou par l’apparition de prédateurs, comme par exemple le zooplancton (plancton animal), ou encore par des attaques virales.

Pour schématiser, on pourrait ainsi situer ce phénomène dans un cycle qui serait le suivant :
Bloom – puis arrivée des prédateurs qui se nourrissent du phytoplancton (plancton végétal) – mort du zooplancton qui n’a plus à manger, ou se fait éventuellement manger lui-même par d’autres prédateurs – formation de nutriments avec les restes du zooplancton et des autres bestioles qui vont nourrir ainsi la prochaine génération de phytoplancton – re-bloom et ainsi de suite…
Pardon aux spécialistes qui ne manqueront pas de s’offusquer de ce genre de simplification…

Revenons en à la Mer Rouge. En dehors de tous ces blooms phytoplanctonesques, j’ajouterai bien une explication de photographe qui me semble plus poétique : Lorsque le soleil caresse de ses derniers rayons les crêtes des montagnes du Sinaï, par exemple, l’eau prend ainsi des teintes chaudes par réflexion, mélangeant face à nos yeux éblouis les teintes du sable ou des roches et celles de la mer. On se croirait presque dans une toile impressionniste et croyez moi c’est un délice pour les yeux.

Une autre hypothèse à propos de la Mer Rouge, piochée celle-ci dans une encyclopédie, suggère que son nom provienne de la désignation universelle du point cardinal sud, depuis la haute antiquité, selon le code géo-chromatique… Comme je ne connais pas le code géo-chromatique et que je me trouve à bord d’un bateau d’expédition sur lequel nous n’avons pas internet, le premier qui trouvera gagnera une éprouvette de phytoplancton – écrivez à Tara Expéditions qui transmettra.

Demain, je vous expliquerai pourquoi la Mer Rouge est bleue – pardon à nos amis daltoniens, vous pouvez dès à présent préparer votre tube d’aspirine.

David Sauveur