Poussière de mammouth

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12 janvier 2007

Lorsque Gamet est arrivé à bord, il avait dans ses bagages un morceau de défense de mammouth. En 1999, il faisait parti de l’expédition de Bernard Buigues à la recherche d’un mammouth de 20 000 ans qui était conservé dans le sol gelé en Sibérie Orientale en pays Dolgan.

128 jour de dérive.
Position : Dérive par 83° 51′ N-140° 59′ E,
Cap et Vitesse : NW, 0.2 noeuds
Vent : S SW, 12 noeuds
Visibilité : bonne, ciel dégagé
Lune : Pas visible
Jour : Nul
Banquise : stable
Température de l’air : – 25˚C
Température de l’eau : -1,7˚C

Après des mois d’efforts, l’équipe avait pu repérer et extraire un mammouth entier de la terre gelée. Une photo spectaculaire de Francis Latreille montre l’hélicoptère arrachant du sol un bloc de terre glacée  de 23 tonnes qui enrobait Jarkov, le mammouth. Aujourd’hui, ce mammouth étonnement bien conservé, réside à 300 kilomètres du lieu de sa découverte à Khatanga, dans une cave glacée creusée dans le permafrost où de nombreux scientifiques viennent l’étudier.
Gamet qui avait été un des principaux acteurs dans cette aventure, s’occupe du musée de Khatanga dédié à cette découverte. En emmenant avec lui ce bout de défense qui n’était pas en parfait état, Gamet voulait profiter des moments creux de notre dérive pour découper et sculpter les meilleurs morceaux. Ce n’est que 4 mois et demi après notre départ, qu’il a pu se mettre à son loisir favori. Il est vrai que durant ces derniers mois nos péripéties avec la banquise et  les activités scientifiques nous prenaient tout le temps libre.
Gamet s’est tout d’abord installé dans l’atelier de la cale arrière du bateau. Il a commencé à scier les parties de la défense récupérables et à l’aide d’une fraise de donner des formes artistiques. Le problème c’est que la fraiseuse propulsait des nuages d’une fine poussière diffusant une forte odeur dans la cale arrière qui se propageait jusque dans la cabine de Nicolas (logeant au plus près des moteurs). L’odeur commençait à se répandre dans tout le bateau et nous avons du demander à l’artiste de trouver une autre solution pour fabriquer ses œuvres. Gamet a donc essayé de s’enfermer dans sa propre cabine située à l’avant du bateau mais là aussi l’odeur s’est vite propagée dans la cabine de Matthieu juste en face de celle-ci. Puis le sculpteur sur mammouth est retourné à l’arrière du bateau en promettant de ne faire que de petites cessions.
Ce qui est paradoxal, c’est que dans notre milieu arctique les odeurs sont plutôt rares et que là d’un seul coup nous avons fait un bond dans le temps de 20 000 ans en ressuscitant le parfum d’un mammouth.
Hier Gamet s’est malheureusement blessé au doigt en sculptant, donc ses travaux sont momentanément suspendus. Nous allons respirer quelques jours !

Bruno