Premiers prélèvements sur la Tamise

© Aude Boissay / Studio Cui Cui

17 juin 2019

Tara a pris la mer pour rejoindre la première rivière européenne à prélever, la Tamise. Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de la Mission microplastiques 2019 partage ces premiers instants de la mission, premières observations et premiers questionnements…

Un treizième coup de minuit a été sonné exceptionnellement par la goélette Tara pour son départ de Saint-Malo. Quelques fidèles ont fait le déplacement en pleine nuit pour nous souhaiter bon vent. Les cirés sont montés au-dessus des oreilles et tout le monde est sur le pont avec un grand sourire pour le départ de la « mission Microplastiques 2019 ». On se tape sur l’épaule, pour se rappeler de tout le travail de préparation qui a été nécessaire pour lancer cette nouvelle mission. C’est parti pour la chasse aux microplastiques.

Mer calme à peu agitée. Des conditions idéales pour tester le matériel. Une répétition générale qui va durer deux jours. Le temps pour créer ce lien si particulier entre les marins et les scientifiques, pour que chacun ait le temps de prendre ses marques. On discute des protocoles, on sécurise le matériel, on colle des étiquettes pour que chacun des précieux échantillons puisse trouver ensuite le chemin des 12 laboratoires partenaires.

Et c’est le fameux « smog » londonien qui nous accueillera pour faire notre premier prélèvement en mer, au large de l’estuaire de la Tamise. Nous sommes un peu tendus pour ne pas rater ce premier échantillonnage. La houle est bien formée, mais l’équipage n’en est pas à son premier déploiement de filet Manta qui permet de concentrer les microplastiques de plus de 100 000 litres d’eau. Il nous faudra 2 heures de prélèvement et 3 heures de conditionnement pour finir cette première station… Mais la marée n’attend pas, et nous devons partir vers la deuxième station dans l’estuaire sans avoir fini la première… Nous terminerons cette journée à 3h du matin. Nous ne sommes pas encore rodés !

Les échantillonnages vont se succéder le long de la Tamise. Nous utilisons une embarcation légère pour faire nos prélèvements en-dessous de Londres, alors que la goélette Tara est amarrée à deux pas du célèbre Tower Bridge. Plus tard, tout le matériel sera transporté par l’équipe à terre pour éviter les écluses et compléter l’échantillonnage au-dessus de Londres, qui nous servira de référence pour évaluer l’effet de cette grande ville sur la pollution.

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Alexandra Ter Halle, scientific on board Tara, studies the first samples of microplastics © Noëlie Pansiot / Tara Ocean Foundation

Sous la loupe, les microplastiques sont au rendez-vous. Par centaines. On distingue beaucoup de microbilles qui sont utilisées dans la cosmétique. Des « larmes de sirènes » également, granulés qui viennent directement des fabriquant de plastique. Il y en a beaucoup plus que ce que l’équipe a l’habitude de voir en mer. Des fibres de vêtements, des boulettes de polystyrène expansé provenant de barquettes pour la conservation des aliments, des restes de sacs plastiques. Un bâton de sucette et quelques emballages de confiserie seront les seuls « gros » déchets collectés. Les microplastiques (<5mm) constituent plus de 90 % de la récolte. Ce sera le premier constat de cette mission : la plupart des plastiques qui arrivent en mer en provenance de la Tamise sont déjà sous forme de microplastiques. S’agit-il d’une exception ou bien d’une généralité ? Qu’en est-il des autres fleuves d’Europe ? La goélette est déjà repartie pour poursuivre son périple et tenter de répondre à cette question.

 Jean-François Ghiglione

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