Quand la « rosette » est sujette à la rose des vents…

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4 mars 2010

La petite merveille de technologie qu’est la « rosette », surnom du CTD (pour instrument de mesure Conductivity-Temperature-Depth, ou Conductivité-Température-Profondeur) a enfin repris du service ! Mais tout ne fut pas simple.

“Les affaires reprennent !’’ Homme d’action, le capitaine Hervé Bourmaud ne cache pas sa satisfaction. Depuis la mi-janvier, la rosette n’avait plus été mise à l’eau. Un mois et demi passé à travailler sur les coraux dans la région de Djibouti et faire des étapes de liaison, mais cette fois, les choses sérieuses commencent. La mise à l’eau de cet engin sophistiqué, qui est au cœur de la mission de Tara, était prévue pour la nuit de mercredi à jeudi.

Peu après le passage du détroit d’Ormuz, après avoir quitté le golfe arabo-persique et être entré dans le Golfe d’Oman, antichambre de l’Océan indien.
Fini, les mers fermées !

Depuis son appareillage d’Abu Dhabi, avançant face au vent, la goélette naviguait à la voile et au moteur. A l’approche de l’île omanaise de Great Quoin, qui marque l’extrémité orientale de la péninsule arabique, les vents ont tourné et forci. Idéal pour couper les deux moteurs diesel, ce dont tout le monde se réjouit ! En fin de soirée, l’équipe scientifique se réunit pour établir l’agenda de cette journée qui relance le programme de prélèvements et de filtration, après un long arrêt. La mise à l’eau est alors prévue vers 2h00 du matin, requérant la présence de quasiment tout le personnel embarqué. Ceux qui le peuvent font un petit somme en prévision de cette courte nuit.

Mais le vent continue de fraîchir. A minuit, il tourne autour de 25 nœuds. Les creux sont de plus d’1,5m. Tara avance sans broncher, à la vitesse honorable de 9 à 10 nœuds. Mais entre son tribord et la côte, les plateformes pétrolières et les terminaux de livraison  d’hydrocarbure sont de plus en plus nombreux, et autour le trafic ou le nombre de navires au mouillage augmente. Des porte-conteneurs passent à moins d’un demi-mille de notre route, l’un deux semble nous croiser en partant sur notre bâbord puis change de cap au dernier  moment et nous longe finalement sur tribord.

Le vent monte encore à 35-40 nœuds, les creux dépassent les 2,5 m, la large coque de Tara  part parfois au surf. On affale le génois pour installer une trinquette, qui sollicitera moins le gréement.
Hervé décide qu’il est plus sage de ne pas faire de station dans ces parages, la manipulation de la rosette de 130 kilos pouvant en plus s’avérer délicate de nuit et pour une première prise en main par un équipage nouveau, non aguerri. Avec Stéphane Pesant, coordinateur  scientifique de l’expédition, il modifie sa route pour une nouvelle destination, éloignée de cette zone trop fréquentée mais toujours en bordure du plateau continental; il est en effet important pour les chercheurs de commencer leurs prélèvements avant les grandes  profondeurs, pour étudier le changement du milieu au fur et à mesure que les fonds ne descendent. Le rendez-vous est donc fixé à 6h du matin.

C’est par 24°54’767 N et 56°52’878, peu après le lever du soleil, et par temps calme, que le mobile chargé de ses bouteilles et différents capteurs est descendu le long de son câble, comme pour un baptême.
Le CTD entame une longue mission de scrutateur des océans du globe.
Lorsqu’il remonte, 26 minutes plus tard, l’ingénieur Marc Picheral ne cache pas sa satisfaction : ‘‘c’est très plaisant de voir que tous les capteurs fonctionnent, alors qu’ils n’avaient pas marché depuis plus d’un mois ; on appuie sur le bouton et ça sort !’’ Immédiatement, échantillonnage et archivage ont pris le relais : le travail ne fait que commencer, l’analyse va se poursuivre aux quatre coin de la planète dans les différents laboratoires !

Jérôme Bastion