Quelle logistique pour Tara-Ecopolaris 2015 ?

© N.Pansiot/Tara Expéditions

14 août 2015

Membre du GREA, logisticienne de la mission Tara-Ecopolaris 2015, et assistante scientifique, Brigitte Sabard s’implique aussi dans le volet éducation de Tara Expéditions avec l’association “Les Amis de Tara”. C’est d’ailleurs la première fois qu’une mission lui permet de réunir ses trois « casquettes ». Brigitte revient sur son lien avec Tara et sur l’organisation de la mission qui prend fin.

Quel est ton rôle au sein de l’équipe à terre chez Tara Expéditions ?

Depuis Tara Arctique, par amitié pour cette famille polaire et pour Etienne Bourgois, je m’implique dans le volet éducation développé, en lien avec les partenaires éducatifs institutionnels et associatifs. Il se trouve que cela relève de mes compétences professionnelles (consultante en éducation à l’environnement, communication scientifique et de gestion de projet à l’Université). Je me suis donc engagée auprès de Tara et depuis  plus de 8 ans je coordonne ce dispositif, je crée des concepts, ou encore je cherche des financements avec Xavier Bougeard qui s’occupe de la mise en œuvre des actions, de l’animation auprès des enseignants et du lien avec les chercheurs.

Sur quels critères repose la réussite logistique d’une expédition ?

Deux paramètres sont primordiaux : tenir le budget et optimiser le rapport logistique / science, ce qui signifie essayer d’avoir le plus possible de personnes à bord de l’avion qui nous conduit vers notre zone d’étude au Groenland et, à l’inverse, de minimiser le poids du matériel. Il faut que ce ratio soit bon. Et puis il faut savoir quoi emmener et pour combien de personnes, ce qui se conserve ou pas. Cette année, nous avons réparti les denrées dans des fûts par quinzaine de jours.

Ecopolaris est soutenu par des sponsors qui nous font confiance. Et l’argent que nous ne mettons pas dans l’achat de produits ou d’équipements peut être investi autrement, dans le matériel scientifique très coûteux, par exemple. L’institut Polaire Paul Émile Victor finance 50% des expéditions, car nous sommes reliés à l’Université de Bourgogne. Cette année, nous avons des sponsors qui nous ont donné un vrai coup de main pour l’approvisionnement en nourriture, comme Moulin des Moines ou Intermarché qui nous ont offert des produits secs pour les 3 ans à venir, ainsi que pour la mission de cet été avec Tara. Il y en a d’autres : Vitagermine  pour les jus de fruits et les compotes, les Jardins de Gaïa pour le thé, la charcuterie Salaison Sabatier et Les Roches Blanches, Knorr pour les légumes secs ou encore Pomona pour les légumes frais, Columbia pour nos vêtements personnels….

Et je n’oublie pas également tous les partenaires de Tara qui ont aussi permis qu’une telle mission soit possible. Merci !

Quel a été le rôle de Tara durant cette expédition ?

Par delà le riche volet scientifique, 11 ans après la première mission avec Tara, bien sûr, Tara a été d’une grande aide logistique, dans la lignée de sa mission de soutien aux recherches scientifiques. Et puis ils savent que chaque année nous devons acheminer beaucoup d’équipement, que tout ça a un coût et que le GREA est une association de bénévoles qui fonctionne sur fonds propres. Tara s’est donc révélé être un moyen économique et écologique d’acheminer notre matériel. Quand on prend par exemple un kilo de pâte acheminé par avion jusqu’à notre zone d’étude à Hochstetter par 76° Nord, son coût de revient s’élève environ à 15 euros le kilogramme sur place. Nous avons chargé en France pratiquement une tonne d’équipement à bord de Tara, dont l’essence pour les réchauds et les bateaux, des batteries pour les capteurs solaires. Grâce à cet appui logistique, nous avons pu monter trois ans d’approvisionnement sec. Et le long du parcours, nous avons également réalisé deux dépôts pour une future expédition en zodiac et pour une autre expédition annuelle du GREA, le « Karupelv Valley project ». C’est très important pour nous, car cela nous permettra de partir plus léger en zodiac l’année prochaine, d’utiliser moins d’essence et de réaliser un grand parcours de la base scientifique de Zackenberg  au Nord jusqu’à Mesters Vig au Sud où nous pourrons compléter les données que nous avons commencé à collecter avec Tara cet été.

Nous avions aussi prévu de récupérer Eric Buchel et Vadim Heuacker du GREA, qui ont travaillé cet été à Hochstetter et qui finalement nous ont rejoints à Mestersvig pour rentrer avec nous en Islande à bord du bateau.

En fait, l’aide apportée par Tara a trois impacts : écologique, économique et scientifique. Lorsque nous affrétons un avion d’Islande pour nous rendre sur notre zone d’étude, nous sommes donc limités par le poids maximum autorisé dans l’avion, qui s’élève à une tonne. Moins nous avons d’équipement à embarquer dans celui-ci, plus nous pouvons embarquer de scientifiques à bord. En règle générale, une personne compte pour 100kg à bord d’un petit avion. Grâce au dépôt que nous venons de réaliser avec l’appui logistique de Tara, nous pourrons faire venir plus d’hommes sur place pour collecter plus de données.

Les conditions de glace que nous avons rencontrées cet été sont particulières : les plaques de banquise pluriannuelles venant de l’Arctique se sont révélées très denses, tardives et ne nous ont pas permis de monter jusqu’à Hochstetter. Mais nous avons pu déposer notre tonne de matériel à la base militaire de Mesters Vig, ce qui est déjà une belle réussite ! L’an prochain, nous devrons trouver un moyen pour transporter nos fûts plus au nord, peut-être grâce à l’appui logistique de la base militaire danoise de Mesters Vig.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Liens Internet :

Site éducatif de Tara Expéditions

Site du GREA (Groupe de Recherche en Ecologie Arctique)

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