Rendez-vous entre le Groenland et le Canada

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26 octobre 2013

Jean Collet est le premier capitaine de l’ex Antarctica, aujourd’hui Tara. Il était également en charge de la préparation du bateau pour cette expédition Tara Oceans Polar Circle. Pendant cette étape entre le Groenland et Québec, il nous livre régulièrement ses impressions.

“Après 24 heures passées à Nuuk, capitale du Groenland, nous voici repartis vers de nouvelles aventures. Cette fois-ci, nous quittons définitivement le Groenland, ses montagnes blanches et ses glaces bleutées. Nous avons rendez-vous avec un point situé quelque part entre le Groenland et le Canada, là où les eaux de l’Atlantique, chaudes, se mélangent au courant froid qui descend de l’Arctique, le courant du Labrador. Les scientifiques aiment les mélanges. C’est là que cela se passe.

En attendant, pas de vent, alors, au moteur, on traine un appareil de mesure en allant se positionner. Un CPR pour les intimes, un Continuous-Plankton- Registered… L’eau passe sur une soie qui retient les micro-organismes et s’enroule sur un tambour. Ainsi on a une image en continu de la richesse des eaux de surface que l’on traverse.
On sera sur zone dimanche. Dimanche station longue au milieu de la mer du Labrador qui durera du lever au delà du coucher.

Ce qui me frappe le plus dans ce bateau, c’est la bonne humeur et le plaisir d’être là que tout un chacun manifeste. Le travail effectué est d’importance, tout le monde est concentré sur le sien, et tout roule. Un bateau ce n’est rien qu’un outil. Aussi extraordinaire soit-il ce sont des hommes et des femmes qui en construisent l’histoire. Celui là a été servi depuis son baptême il y a 25 ans!
Jean-Louis Etienne, Peter Blake, et maintenant Agnès Troublé et Etienne Bourgois. Que des belles personnes avec de belles ambitions.

On me demande: ” Comment tu trouves le bateau maintenant, toi qui le connais depuis sa construction? ” Globalement rien n’a changé, c’est toujours le “space ship” du début, avec son look inimitable, ses portes étanches étroites qui débouchent sur ce carré vaste, lumineux, centre de vie et de travail. A la mer, c’est pareil, on ne sent pas la surcharge pondérale due à l’âge et aux exigences des scientifiques, toujours la même vivacité à rouler. Le matériel bien que d’époque, comme le gréement, l’accastillage, les moteurs, est bien entretenu et fonctionne bien.

Globalement rien n’a changé, oui, mais que de travail effectué depuis 10 ans, depuis ce jour où nous sommes allés le voir avec Etienne Bourgois à Newport. Depuis 10 ans, le bateau a beaucoup travaillé, et la préparation de toutes ces expéditions a permis de changer, améliorer, tout ce qui pouvait l’être. Et la dernière, le tour de l’Arctique a bénéficié de tout ce travail en amont. Pour un bateau entretenu, c’est sur, le travail c’est la santé.

25 noeuds de vent dans le nez. On continue vers la station 210, la dernière de Tara Oceans Polar Circle. La mer est creuse, la vie à bord se complique avec ce tangage et ce roulis. Difficile de se concentrer pour écrire, lire, ou travailler. Mais la cuisinière nous fait malgré tout un bon repas, les marins font avancer le bateau, les scientifiques préparent la station de demain. Le vent vient de tourner, de Sud-ouest il passe brutalement Nord-Ouest. C’est bien, mais pour dimanche il faudrait qu’il se calme… pas gagné.

La nuit s’étire, le vent se calme un peu. Pour l’instant tout le monde se repose, sauf bien sur les deux hommes de quart.”

Jean Collet

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