RESUME DE LA SEMAINE PRECEDENTE : NAPLES / LA VALETTE (Malte), Tara renoue avec le beau temps

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30 octobre 2009

Naples / La Valette (Malte) : Tara renoue avec le beau temps

Après deux semaines de météo agitée, nous avons enfin retrouvé le soleil et une mer clémente. L’équipe scientifique a pu réaliser trois stations de prélèvements au large de Naples et autour de la Sicile.

Colomban de Vargas, coordinateur scientifique de Tara Oceans, spécialiste des protistes, était le chef scientifique de cette traversée. « La première journée, nous n’étions pas très en forme, il faut prendre le temps de s’amariner… peut-être devrait–on envisager de ne commencer l’échantillonnage que le deuxième jour de mer…? ». Dans la liste des points positifs, Colomban est très satisfait du pompage en profondeur : « on a un tuyau qui aspire de l’eau de mer jusqu’à 100 mètres et tout le monde me disait que nous n’aurions pas assez de débit : mais ça fonctionne très bien ! ».

Au niveau des organismes, Jean-Baptiste Romagnan, embarqué pour la filtration du zooplancton a principalement récolté dans ses tamis des copépodes (qui ressemblent à de microscopiques crevettes), des petits crustacés, et quelques animaux gélatineux. Il a aussi transmis de jolis spécimens de vers ptéropodes que Mattias Omerstad le responsable de l’imagerie à bord, a pu photographier.

Le seul hic de cette semaine a été la perte d’un collecteur, qui termine nos filets. Les mailles humides du tissu deviennent plus lâches et le cerclage métallique qui attache le collecteur a pu bouger pendant les manipulations. Le filet était pratiquement revenu à bord de Tara quand le collecteur s’est détaché et a coulé dans l’eau sous les yeux de Jean-Baptiste, impuissant.

Une marée de grosses méduses dorées nous a accompagnés lors de notre dernière journée d’échantillonnage au sud de la Sicile. En plongeant pour prendre quelques clichés, nous avons même eu le plaisir de passer plusieurs minutes à la surface avec une grosse tortue.
Une semaine de bonnes conditions météo, tout le matériel scientifique désormais embarqué sur Tara… que souhaiter de plus pour le bon fonctionnement de l’expédition ? « Dans l’idéal il nous faudrait un deuxième ingénieur océanographe pendant de longues périodes à bord comme Sarah Searson qui gère les données physiques. Il s’occuperait de la partie biologie et assurerait la continuité entre les équipes scientifiques tournantes » espère Colomban mais les places sont comptées à bord.

Sacha Bollet

POUR ALLER PLUS LOIN, QUELQUES PRECISIONS SUR LES MEDUSES RENCONTREES :

Un œuf au plat pour le petit déjeuner ?

Apres réflexion, tous ses œufs au plat flottant au large de l’ile de Malte ne semblent pas si appétissants. En fait ce ne sont que des méduses, des Cotylorhiza tuberculata, espèces très communes en Méditerranée, de l’archipel des Baléares, au golfe de Tunis. Ces méduses de belle taille, jusqu’à 40 cm de diamètre, de couleur jaune-beige ressemblent en fait un œuf au plat cuit, avec la partie centrale de la cloche surélevée en forme de dôme. Elle possède huit bras buccaux et une multitude de tentacules aux terminaisons en forme de boutons pression fortement colorés de rose, bleu, ou violet. Ces tentacules sont très peu urticants.

Cette méduse a un rôle important dans le fonctionnement de l’écosystème marin de Méditerranée. Elle représente en effet une des proies favorites des tortues caouannes, Caretta caretta. Elle sert aussi de zone de protection pour de nombreux petits poissons chinchards, boops, qui viennent s’y refugier, tels les poissons clowns dans les anémones.

Ces méduses sont très souvent observées en surface des océans, en effet comme ses cousins, les coraux, cette méduse « accueille » dans ces tissus une algue symbionte, la zooxanthelle. Cette collaboration peut permettre aux méduses de survivre même quand les proies animales, sur lesquelles elles se nourrissent, sont rares ; les algues produisant l’énergie nécessaire à leur développement.

Les méduses adultes vivent en moyenne 6 mois mais leur forme polype peut elle vivre in définitivement. La formation des jeunes méduses, appelée strobilation, a lieu au printemps et à l’été. Chaque polype donnera naissance à une seule jeune méduse. En parallèle à cette reproduction asexuée, les adultes males et femelles vont se reproduire pour former les planulae qui vont se fixer sur les surplombants de substrats durs. Une fois fixée, le scyphistome va être « infecté » par les algues symbiontes.

Dans le monde, en plus de Cotylorhiza tuberculata en Méditerranée, 3 autres espèces de Cotylorhiza sont actuellement recensées : Cotylorhiza ambulacrata Haeckel, 1880 dans l’atlantique Est, Cotylorhiza erythraea en mer rouge et Cotylorhiza paciifica Mayer, 1915 dans la région Indopacifique.

Delphine Thibault-Botha (Ph.D.)
Laboratoire d’Océanographie Physique et Biogeochimique (LOPB)
Centre d’Océanologie de Marseille