Retour dans le gyre du Pacifique Sud

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6 avril 2011

Retour dans le gyre du Pacifique Sud

Après trois jours d’escale sur l’île de Pâques, Tara a repris la mer avec à son bord une nouvelle équipe scientifique. A l’horizon, les silhouettes de Moai ont déjà disparu depuis de nombreux milles marins, et les membres d’équipage se retrouvent de nouveau au milieu de cette vertigineuse immensité bleue. Le répit pour la rosette et pour sa complice Sarah Searson fut de courte durée, sous un soleil de plomb, les plongées ont repris en plein cœur du gyre du Pacifique Sud.

Sur Rapa Nui (île de Pâques), Lee Karp Boss, Marcella Cornejo, Leïla Tirichine, Mélissa Duhaime et Franck Prejger, les scientifiques du leg Valparaiso-Pâques ont eux débarqué pour de bon. Après quelques jours sur l’île mystérieuse, ils reprendront respectivement le chemin de leur laboratoire, des souvenirs plein la tête et une expérience atypique dans leur bagage. Pour l’américaine Mélissa Duhaime, qui passe d’habitude ses journées devant son ordinateur pour étudier le séquençage d’ADN des virus, le changement de quotidien fut radical. « J’ai passé près d’un mois dans le laboratoire humide, j’ai souffert parfois du mal de mer, mais à présent je mesure l’effort que nécessite cet échantillonnage.  Je garde un magnifique souvenir de cette expédition, que ce soit sur le plan scientifique, ou sur le plan humain. »  Les impressions de Mélissa font l’unanimité au sein de l’équipe débarquée. Lee Karp Boss, chef scientifique de ce leg, ressent aussi et surtout la satisfaction d’avoir accompli la mission qui lui avait été confiée, et cela malgré le retard pris au départ de Valparaiso et les conditions météorologiques difficiles, lors des premières stations. « Professionnellement et personnellement, l’expérience sur Tara a été très intense et ça serait avec plaisir que j’embarquerais pour une autre aventure ! ».

Gabriella Gilkes et Sarah Searson, elles poursuivent l’aventure, entourées de nouvelles recrues, qui ne sont néanmoins pas toutes étrangères à la goélette. Figure récurrente de « Tara Oceans », Céline Dimier a repris le flambeau de l’échantillonnage des protistes. Ce long leg est aussi l’occasion pour la jeune scientifique de faire un point sur l’état du matériel dans le laboratoire humide et de préparer les legs suivants.  Stéphane Pesant, chef scientifique nouvellement embarqué, connaît lui aussi le voilier et les protocoles. Après les legs Tanger-Alger et Abu Dhabi-Maldives, le chercheur de l’université de Brême explore pour la première fois les eaux du Pacifique Sud. « Mes objectifs sont d’une part de suivre le programme établi et les protocoles avec rigueur. D’un point de vue scientifique, le défi est d’explorer en profondeur la richesse de cette zone du Pacifique qui, vue de la surface, est en apparence pauvre en nutriments et en plancton. ».

A bord, le français Vincent Taillandier et l’espagnole Montse Coll Llado découvrent, eux, pour la première fois le travail et la vie sur Tara. Mais ces deux scientifiques ont chacun à leur actif de nombreuses expéditions sur des navires scientifiques. Responsable du déploiement de la CTD et du traitement de ses données pour le laboratoire de Villefranche-sur-mer, Vincent navigue régulièrement en mer Méditerranée. Le Pacifique Sud, il le connaît pour avoir travaillé sur les données de deux flotteurs profileurs immergés aux alentours de l’île de Pâques. « Cette traversée m’intéresse particulièrement parce que pendant deux ans et demi, j’ai étudié les données délivrées par les flotteurs. Etre sur cette zone permet d’avoir une autre appréhension du milieu, je peux observer la couleur de l’eau, l’état de la mer… Il y a plus de feeling que par la télédétection ! ».

En dernière année de thèse à l’ICM-CSIC de Barcelone, Montse, elle, s’est déjà aventurée sur des navires scientifiques en Arctique et en mer Méditerranée. Comme pour beaucoup de chercheurs embarqués sur Tara, une mission à bord d’un voilier reste une grande première. Les quelques jours d’acclimatation passés, la jeune catalane se sent à présent très à l’aise dans son laboratoire flottant, entourée d’une équipe majoritairement francophone.
 
Dans la nuit, la nouvelle équipe achèvera la station longue numéro 98, il faudra ensuite naviguer deux jours en direction de Guayaquil pour effectuer les prochains prélèvements. Du côté de la météo, le temps s’annonce plus que clément pour les prochains jours, au grand dam des marins qui rêvent déjà de sortir la voilure.

Anna Deniaud