Réunion de chantier

© Tara Expéditions

12 février 2015

A l’occasion d’un rapide passage en Bretagne, Noëlie Pansiot, correspondante à bord pendant l’expédition Tara Méditerranée, a rendu visite aux marins navigants transformés, le temps d’un chantier, en réparateurs polyvalents hors pair. 

C’est la première fois que je reviens à bord de Tara depuis la fin de ma mission en novembre dernier. Je suis impatiente de revoir mes camarades, de découvrir la baleine hors de l’eau, « mise à sec », de voir ce qu’elle a dans le ventre. J’ai aperçu quelques photos du chantier, le bateau semble à vif, il dévoile ses entrailles…

Il est 7h55, lorsque Daniel, Mathieu et moi-même arrivons au pied de Tara. Nous sommes ponctuels, le briefing de l’équipe démarre dans 5 mn. Le jour perce à peine, tout est gris sur la zone technique de Keroman, mais les formes voluptueuses de la goélette se distinguent des autres navires qui siègent à ses côtés. J’avance au pied des géants qui se dressent tout autour de moi, en équilibre sur de gros bers.

Nous  accédons au pont de Tara par un escalier d’échafaudage un peu raide. Les garçons ouvrent la voie, ils connaissent le chemin par cœur. Je fais bonne figure en escaladant les hautes marches, et dans mon fort intérieur je prie pour que les larges cales en bois qui soutiennent le bateau soient solides.

A bord, Samuel Audrain dit Sam, le Capitaine, est déjà en compagnie de deux petits nouveaux : Loïc Caudan et Nicolas Bin. Je suis accueillie gaiement par la troupe qui réclame la bise : « On ne te voit pas souvent ! » Les salutations faites, la réunion peut commencer. Il est 8h, la bouilloire vient d’être placée sur le feu par Nicolas.

Sam prend la parole pour évoquer les travaux du jour. Les termes techniques s’enchaînent et mon cerveau est encore trop embué pour comprendre l’intégralité des échanges. Je compte sur mon dictaphone pour ne rien manquer de ce qui est dit. Derrière Sam, « Thérèse », le moteur tribord gît au centre de ce qui fût le grand carré. Nous nous tenons autour d’une des « rescapées » du chantier : la petite table située tout de suite à droite de l’entrée. Tout le reste a été démantelé pour la fabrication de trappes d’accès au moteur.  Il ne manque qu’un champ stérile autour de Thérèse pour que j’ai l’impression d’assister à une opération à cœur ouvert. A bien y regarder, seule la cuisine n’a pas bougée. Les grands couteaux affutés trônent encore au-dessus du plan de travail, aimantés sur le mur du fond, et la carte postale indiquant « le sens de la vie » tient bon.

Autour de cette irréductible petite table, les marins se relaient pour prendre la parole. Mon regard est attiré par les couleurs acidulées d’une myriade de petits « post it » collés sur le tableau d’affichage en liège. Il s’agit du nouvel outil de management du Capitaine. Le principe est simple et efficace : les différentes tâches sont notées sur des post-it et reparties sous trois colonnes distinctes « à faire », « en cours », « fait ». Les post it sont déplacés d’une colonne à l’autre en fonction de l’avancement du chantier.

Sur la gazinière la bouilloire commence à siffler. Il est 8h20, Jean Collet, Responsable technique à terre, entre dans la pièce et nous gratifie d’un « bonjour ». Chacun sait à présent ce qu’il doit faire. Les travaux peuvent reprendre. Mathieu s’éclipse quelques minutes pour revêtir un bleu de travail et un vieux sweatshirt gris. Son éternel carnet Moleskine à la main, il reporte déjà consciencieusement ses notes. Daniel Cron dit Danou, a disparu dans la trappe qui mène sous Thérèse, en salle des machines. Seuls ses fredonnements trahissent sa présence. Je distingue les notes de « Comme d’habitude », de Cloco et me moque gentiment du Chef mécanicien qui travaille dans la bonne humeur.

Il est déjà temps de dire au revoir à l’équipe, je dois filer sur une aire de covoiturage où j’ai rendez-vous. Danou me lance dans un large sourire : « J’ai été en chantier de te rencontrer. »

Il est 9h20 et dans la voiture qui me conduit à Bordeaux, deux passagers sont déjà installés aux côtés de la jeune conductrice. Les échanges me mettent la puce à l’oreille : mes compagnons de route sont des marins. Raphaël travaille comme bosco sur un nouveau navire d’expédition appelé le Yersin. Christophe, bosco lui aussi, a officié sur Antarctica (ancien nom de Tara) dans les années 80. Hasard de la vie qui me fait sourire… J’envoie un texto à mes camarades restés sur le chantier, je suis sûre qu’ils souriront à leur tour.

 Noëlie Pansiot

 

 

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